• Assise à la fenêtre

    Peinture de Gilles Rousset

    Je suis assise à la fenêtre et je regarde la mer, assise encore, les yeux tournés vers l’avenir. Une musique un peu triste à mes oreilles. L’avenir n’est pas triste, l’avenir n’existe pas… pas encore. Je suis assise à la fenêtre et je regarde la mer. Tantôt bleue, tantôt grise, changeante, houleuse, certains diraient capricieuse parce qu’ils ne comprennent pas son destin. Je dirais juste vivante. Je la regarde et je souris. Un peu triste, un peu amusée. Tout ça n’est pas grave, rien ne compte vraiment même si tout est important.

    J’aime tant voguer sur ses flots ! Quand elle me transporte, je vis. Quand elle me transporte, je crois mourir. J’ai vécu tant de transports, j’en vivrai tant encore, pourquoi chercher un chemin, une direction ? Tout cela à quoi bon ? Respirer ne suffit il pas ? Sentir mon cœur battre, la sueur perler, les larmes couler, et l’appétit vorace m’envahir, affamée que je suis, cela ne suffit il pas ? Bien sure que non. Rien ne me suffit jamais. Il m’en faut toujours plus, aller toujours ailleurs, vivre de nouveau. Je suis accro à la vie, j’en mourrai surement. Elle me sera fatale. Mais en attendant, je me pose une seconde sur ce rebord de fenêtre et je regarde la mer. Aujourd’hui, elle ne me fait pas peur, aujourd’hui, elle m’amuse. Je la couve du regard avec tendresse.En fait, elle me fait rarement peur.

    Ce qui m’effraie, c’est le bateau. Le fabriquant, le vendeur de bateau et d’accessoires. Paraît que pour prendre la mer, faut être équipé. Qu’est qu’ils m’emmerdent ! Je voudrais naviguer nue, à la force de mon corps, à ma force vive. Je ne veux pas rentrer dans leurs uniformes, ils m’étouffent, me grattent, contraignent mes mouvements. Alors oui, je ne navigue pas en pleine mer, je ne visite pas de destinations prisées, ma vie n’est pas un roman d’aventures exotiques. Ma vie, c’est l’aventure du regard de l’autre, c’est la plongée dans son sourire ou dans ses larmes. Une immersion dans son cœur. C’est le danger du récif, du cabotage trop près des cotes, trop près de lui, trop près d’elle, trop près d'eux.

    Je suis sur le rebord de la fenêtre et je regarde tous ces bateaux, toutes ces vies, bleues, grises, en partance, ou amarrés. Vers quelle mer vais je donc voguer demain ? Je rêve de ligne de fuite et d’horizons nouveaux.

    Demain, construire mon bateau et partir loin.

    Ce soir dormir et rêver.


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