• Câlin

    CâlinJe viens d'avoir une vieille amie au téléphone. On n'avait pas parlé depuis... des lustres. Elle a rattrapé le temps de nos vies séparées, s'est déversée sur moi comme une casserole qui déborde. Je l'ai écouté pendant bien 4 heures. J'aurais voulu, à maintes reprises la prendre dans mes bras, la bercer doucement, comme on berce un enfant, quand les paroles sont vaines et que seule la chaleur du corps et de la voix agissent. "Là... là... chuuuuut !" Au lieu de ça, je lui ai dit que tout irai bien, qu'elle est forte, que sa fatigue est naturelle, qu'elle va s'en sortir, avec cette insupportable sensation de me sentir inutile et vaine. Ce que je lui ai dit, elle le sait, et si ça la réconforte le temps de notre conversation, ça ne lui donne pas la force d'affronter ce qui lui fait peur, de se dresser contre ceux qu'elle aime et qui la rongent au jour le jour, ça ne lui dit pas comment faire pour mettre en place ce dont elle a besoin pour avancer. Elle est vaillante, courageuse, désemparée, terrifiée. Je ne sais pas quoi répondre à ça. Je n'ai pas d'outils pratiques... chaque question qu'elle se pose je me la pose aussi. Elle s'est livrée à moi sans pudeur, comme je ne me livrerai jamais à personne. J'en étais touchée et en même temps je me sentais sa débitrice. Elle m'a tant donné d'elle, je n'ai rien su lui rendre que des platitudes.

    Elle s'excusait sans arrêt de me livrer son désarrois."Je me suis trop tue, me disait elle. J'ai tellement peur, avec les années que le monde se lace de mes plaintes. Je ne peux pas leur rendre des comptes sur ce je fais et ne fais pas, selon ce que chacun croit de ce qu'il est approprié de faire dans telle ou telle situation. Comment justifier qu'a mon âge j'en suis encore là, que je n'ai pas résolu tel ou tel problème, que je me bats encore avec et contre moi ? Je ne cesse de me dire qu'il faut que je sois plus dure, que ma gentillesse est une faiblesse. Pourquoi est ce que j'ai peur de faire mal quand c'est moi qui prends les coups ? "

    Comme je la comprends. N'en sommes nous pas tous là, à nous battre contre nos vieux démons ? Pourquoi refuser de prêter l'oreille aux malheurs de nos amis ? Pourquoi refuser leur peine ? Pourquoi nous agacer de leurs errances ? Je dis bien nous, car je ne m'exclue pas. Evidemment, cette amie, je l'ai écoutée, j'en écoute d'autres mais il m'arrive aussi de m'exaspérer contre tel ou telle et de m'étonner qu'il, elle en soit encore là. C'est tellement facile de juger de loin, de résoudre les problèmes des autres au téléphone, à la terrasse d'un café, sur facebook. "Oui, enfin, Machin, il ferait bien d'aller voir un psy, parce qu'il a beau dire, il n'a toujours pas réglé son oedipe !", "Je me demande ce que machine attends pour se sortir les doig pieds des pantoufles, et bosser !" C'est aussi facile de dire, "Mais tu aurais du, il aurait fallu que tu... T'avais qu'a... Depuis le temps que je te le dis..." C'est a peut près aussi effectif que de dire à une personne qui se noie, mais enfin, nage, bordel ! Tu aurais du prendre des cours !

    Cette culpabilité que l'on jette à la face de nos amis en difficulté elle vient d'où ? Le malheur serait il contagieux ? Notre orgueil nous pousse-t-il à profiter lâchement de cette situation afin de nous sentir supérieur ? Aussi insupportable que ce soit de se sentir impuissant à aider quelqu'un à sortir de l'eau faut il pour autant le noyer de paroles délétères ?

    Le résultat de tout ceci, c'est que nous nous jetons au visage des des mythes et des clichés, que nous perpétuons ce qui nous fait souffrir. Que nous écrasons les gentils et portons aux nues les méchants. Pourquoi l'humain est si con ? 

     


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