• Ectoplasme,

    Dans la catégorie " tout n'est que fiction " 

     

    picasso1Je n'étais pas sûre, je n'étais pas certaine, et pourtant... quelque chose quelque part me disait que je devais y aller. Je voulais, je voulais et pourtant quelque part quelque chose me retenait.

    Il y avait où j'aurais voulu ne pas être né, Il y avait des jours où j'aurais voulu mourir, et pourtant quelque chose quelque part me retenait..

    Je me suis assise, ce jour là, les pieds par dessus le parapet. Je n'étais pas désespérée. Je n'étais plus. Je pensais à ma mère, la lointaine. Je pensais à mon père, cet absent. Je pensais à mes frères, si agités et j'étais là, seule, vide, indifférente. Je regardais le vide sous moi, je sentais le vent m'aspirer. Je rêvais de voler vers nulle part.

    En moi, ni haine, ni rancoeur, juste le vide.

    J'ai entendu des pneus crisser. Je me suis retournée et j'ai vu.  J'ai vu la pression sur le corps. J'ai entendu un plop infernal qui hurlait à mes oreilles. j'ai vu la peau céder et j'ai vu le sang jaillir. Une gerbe étincelante au soleil. J'ai vu l'indifférence. J'ai vu la mort dans le coeur des vivants et je suis descendue de mon parapet.

    Je me suis approchée de la flaque rouge. J'ai sentie l'odeur acre et profonde. Elle m'a pénétrée, envahie, assaillie. Je me suis penchée, j'ai touché du doigt ce rouge éclatant. J'ai entendu des pneus crisser. Je me suis retournée et j'ai vu le pare-choc d'une voiture. Je n'ai plus vu que cela. Je n'ai pas bougé. J'ai regardé le pare-choc chromé, la peinture bleue, la crasse de la ville éclatée sur les phares. J'ai entendu crier, c'étais moi, je crois. Je me suis relevée. Le monde était immobile, la terre s'était arrêtée de tourner. La foule de respirer. Les voitures de rouler. Et j'ai entendu un cri. Toute vie à repris dans une fulgurance stridente. Je suis retournée sur le trottoir. Je me suis assise sur le parapet. Les pieds au dessus du bitume. J'ai regardé la vie tourbillonner, et j'ai vue un enfant rire avec son frère. J'ai vu une femme pressée. J'ai vu un homme se promener nonchalamment. Je l'ai vu. Je l'ai regardé droit dans les yeux. Je lui ai souri. Il m'a dit bonjour. Je l'ai laissé passé, regrettant déjà de ne l'avoir pas retenu . Il m'a donné une seconde chance, il s'est retourné. J'ai regardé ses chaussures. Deux baskets noires. J'ai fermé les yeux. J'ai entendue sa voix au dessus de ma tête. Une voix enrayée. Des paroles d'une banalité cuisante. Je l'ai regardé. Je lui ai souri.

    Il m'a invité à boire un café. J'ai accepté. Nous nous sommes retrouvés en face l'un de l'autre, terriblement gênés. Ne sachant quoi dire nous avons écrasés tous les clichés du monde. Nous nous sommes revus, nous nous sommes aimés. Et puis un jour nous nous sommes quittés.

    J'avais souvent imaginé qu'il me faudrait un choc violent pour me sortir de ma léthargie. J'ai souvent pensé que frôler la mort me donnerai l'envie de vivre. Et puis cela est arrivé. J'ai vu la mort, je l'ai sentie, frôlé. Puis rien.

    Je me lève le matin quand le reveil sonne. Je rebondi mollement de la douche au café. Je part au travail parce que j'en ai un. Je rentre. Je sort.  Je vais au cinéma, un peu. Au restaurant quelques fois. Je ris, je pleure. Je vis ?

    Je glisse sur la vie par hasard, par habitude, par force. Je vieillis et je coule vers la mort doucement, comme un liquide visqueux.

    Il ne m'arrivera jamais rien, je suis à l'abri, c'est déjà fait. Je n'ai rien su en faire. Je ne me suiciderai pas, inutile. La dernière fois je me suis laissée distraire par la mort d'un pigeon. Non, je continuerai de couler mollement dans le néant, jusqu'au bout. C'est la seule chose que je ferai de ma vie, implacablement, totalement.

    Ceci est un petit essai de fiction. Toute ressemblance avec des faits  ou des personnes existant ou ayant existé serait  purement fortuite. ;)


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 3 Mars 2006 à 21:38
    luciole
    Beaucoup de choses très riches et très fortes, un peu surréaliste ... La situation m'échappe quelques fois mais je ressens l'ensemble... bises.
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