• J'ai croisé quelqu'un

    J'ai croisé quelqu'unet je l'ai pris en plein coeur.

    Elle était assise sur un banc. 20 ans, qu'est ce qui peut être si douloureux à 20 ans ? Trop de choses, je sais. Il ne devrait y avoir rien d'aussi douloureux à 20 ans. Elle était assise sur un banc, son sac éventré à coté d'elle. Elle se penchait en avant comme emporté par ce torrent de larmes qui m'a ouvert la poirtrine. Je passais, je ne faisais que passer. Mes yeux se sont posées sur elle et je l'ai prise en plein coeur. Ses yeux noyées ont croisé les miens et l'ouragan qui la tourmentait s'est tourné vers moi et m'a ordonné de ne pas m'approcher. Je me suis figée. Sous le choc j'ai cessé un instant de respirer. Une nouvelle vague l'a submergé, j'ai repris mon souffle et mon chemin. 

    Elle était assise là, seule, sur ce banc, seule en plein Paris. Les cheveux chatains aux épaules, elle portait un jean, un manteau gris et un grand foulard de couleur. Une fille normale. Derrière le masque dévasté, je suppose qu'elle devait être jolie. Sa jeunesse, ses manières, son style, rien ne présageait qu'elle fut exposée à tant de souffrance. 

    Que lui est-il arrivé ? Peut-on pleurer autant pour un amour perdu ? Est ce un deuil qui la cloue là ? Où sont ses amis, sa famille ? Mais peut être que le mal vient d'eux. Qu'est il de pire que la trahison d'un proche ? Quand ceux qui sont censés vous protéger vous agressent ? 

    Je marche avec son souvenir, ses larmes que je n'ai pas recueillie  Bien sure que je ne lui doit rien. Je ne la connait pas. Mais elle était seule et pleurait toutes les larmes du monde. Elle n'aurait pas du être seule. J'ai emporté un peu de son chagrin sans qu'elle le sache. J'ai partagé sa peine sans l'alléger. 

    J'aurais voulu lui dire que la souffrance allait s'éteindre, ne laissant derrière elle qu'une cicatrice. Qu'il fallait qu'elle lève les yeux, qu'elle porte son regard plus loin, au delà de l'horreur du jour, au delà de l'obstacle insurmontable, du manque d'air qui oppresse sa poitrine. Au delà du déluge il y a l'avenir, tout ce qu'on ne connait pas, le champs du possible, l'espoir et peut être même la promesse du bonheur. J'aurais voulu lui dire qu'à 20 ans on a encore assez de force vitale pour soulever des montagnes. Qu'à 20 ans tout est...

    A 20 ans, oui. Soudain je m'aperçoit que ces phrases, je n'aurais pas pu les lui dire sans souffrir. "Vas-y toi, tant que tu peux encore." Comme si j'étais moi, déjà sur l'autre rive. Vas-y petite. Ne perd pas ton temps avec les larmes. Prend tout le bonheur qu'il y a à prendre, tant qu'il y en a. Je sourie, je suis un peu ridicule. Et pourtant, je sens quelque chose de différent. Quelque chose à changé en moi. La formidable force qui m'habitait, cette espèce d'instinct de survie qui me faisait me projeter en avant n'est plus là. Je ne la sent plus. Cette force, bien qu'elle soit générée par la souffrance, je comptait dessus. Je me disais qu'en cas de coup dur, elle me permettrait toujours de m'en sortir. Peut être en ai-je trop abusé. J'ai cassé le ressort, tari la source. Ou alors s'est elle muée en autre chose dont je ne discerne pas encore la forme. Je l'espère. Je me fais un peu peur. C'est comme si la mort rodait autour de moi. 

    J'ai croisé quelqu'un et je l'ai pris en plein coeur. Je suis assise le cul par terre et je n'en reviens pas. 


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