• Lettre d'une quasi

    Lettre d'une quasi quinqua, qui n'en revient pas.Je me souviens, j'avais dix sept ans, je travaillais dans un grand magasin pour payer mes cours de théâtre. Ben oui, je n'ai jamais fait parti de ceux dont les parents subventionnent les études. Enfin, ils l'ont fait en parti jusqu'à mes dix sept ans, et ils m'ont hébergé, aussi, quand j'étais en galère d'appartement, deux fois. La première fois j'étais mineure, la seconde j'avais à peine 20 ans. J'en ai conçue de la culpabilité. N'avoir pas la force, encore, de leur dire merde, de ne plus rien leur devoir, tirer un trait sur la dette, celle d'être née, et toutes celles qui en découlent.
    Je me souviens donc, d'un vieux monsieur avec qui je travaillais au rayon quincaillerie du BHV de l’hôtel de ville. Il me dit, "Ha ! Tu fais du théâtre ! Merveilleux ! Moi aussi je suis monté à Paris, la tête pleine de rêves. J'ai trouvé du boulot ici, et tu vois, j'y suis encore. La vie est passée comme une comète ! " Du haut de ma jeunesse résolue, j'ai trouvé ça horrible. Quelle angoisse pour moi, d'imaginer la vie me filer entre les doigts ! Me réveiller un matin et m’apercevoir que j'étais plus près de la mort que de la vie ! Ces mots ont été fondateurs, mais ils ne faisaient que renforcer des croyances forgées depuis l'enfance, dans les regrets aigris de ma mère, les rêves fallacieux de mon père, dans ce quotidien fait de mensonges, de colère, de guerre d'égos. J'ai donc passé ma vie à m'ébattre, à fuir l'ennui, à chasser l'inattendu, la peur au ventre, celle de ne pas vivre, vivre à côté de moi. J'ai passé ma vie à courir après l'amour. J'ai aimé à en perdre haleine, j'ai tout pardonné, 1000 fois, j'ai tendu ma joue, mon cœur et ma main. Je me suis lancée à corps perdu dans des aventures sans raison. J'ai vécu comme une cigale, en me faisant sermonner par toutes les fourmis de la terre. J'ai bien essayé d'en devenir une, je me suis mis des carcans, que j'ai pété les uns après les autres. Je n'ai rien amassé, ni fortune, ni regrets, et j'ai la chance d'avoir rencontré de vrais amis, aussi lointains  qu'ils soient, nous sommes logés au fond de notre amour. (mais c'est peut être parce qu'ils sont loin que l'on est encore capables de s'aimer) Dans tous les cas, ce sont des gens bien, vraiment bien.

    Bref, je n'ai pas vu mon père depuis 18 ans. Ma mère à sombré dans le monde qu'elle s'est forgée toute sa vie. Un monde imaginaire. On pourrait espérer que c'est un monde où elle est heureuse, mais la connaissant, je sais bien que non. Elle ne me reconnait plus, depuis longtemps. J'ai été la première à avoir été oubliée, rejetée dans réel. Un réel qu'elle ne visite plus. Et je sais, pourquoi moi. Chaque fois que ma mère me regardait, elle voyait la faillite de sa vie. Je n'ai jamais été une enfant satisfaisante. Trop vive, trop curieuse, trop en demande d'un amour qu'elle ne pouvait me donner. Mon adolescence a sonné le glas de la mythologie familiale. J'ai dénoncé, trahi : Un père violent et incestueux, une mère dure, indifférente et alcoolique. J'ai écorché le fard   que mes parents, intellectuel bourgeois, s'évertuaient à étaler sur leurs jours. Et même si tout le monde refusait de voir et que ça n'a concrètement rien changé à leur vie, elle ne m'a jamais pardonné.

    Alors, quand je lis les messages d'amour des yaka Tudevrais, sur la toile, j'ai comme une envie de rature.

    Quand je lis :

    Pardonnez

    "Parlez à vos parents, pardonnez-leur le mal qu'ils vous ont fait. La famille, c'est le plus important... "

    Pensent-ils qu'il n'y a sur terre que des merdeux capricieux qui en veulent à  maman parce qu'elle les à mis à la cantine au lieu de leur faire à manger tous les midis ? Qu'il n'y a que des punaises qui souffrent d'un père qui n'a pas compris qu'elle avait 16 ans, puis 17 ans, 18, ... ? Ont-il réalisé qu'ils s'adressaient aussi aux enfants conçus dans une cave, dont le père est le grand père ? Recommandent-ils de pardonner aux pédophiles incestueux, à ceux-là même pour lesquels ils réinstaureraient bien la peine de mort ? Pensent-ils aux grand frères qui violent, harcèlent, maltraitent ? Les petits frères et petites sœurs devant pardonner, se réservant, eux, le droit de vie ou de mort. N'y a t il que des fratries solidaires ?

    Consultez un psy

    Ah et bien voilà ! Quand on ne sait pas quoi dire, quand on doit aller au cinéma, là tout de suite, on renvoi aux professionnels. La belle affaire. Ne venez surtout pas faire chier le monde avec vos soucis qui nous plombes les fêtes. Allez voir un psy. Ces mêmes psy qu'ils critiquent, qu'ils considèrent aussi dingues que leurs patients. Ces mêmes psy qui infatués de leur savoir, et que dès lors que l'on ne se soumet pas, c'est qu'on est dans le déni. C'est quand même l'astuce du siècle, ça, le déni.  Putains de praticiens tellement supérieurs, qu'aucun n'a eu le moindre doute, le moindre soupçon, du fait que je suis, par exemple, TDA/H et HP. Tous médecins, tous psychiatres, tous psychanalystes. Tous validés par des tampons, des diplômes, l'ordre des médecins, et la sécurité sociale. C'est dire si j'étais en sécurité.

    On conseille aussi des sophrologues, des énergéticiens,  thérapeutes de tous poil, EMDR, PNL, Gelstat, des névrosés aux égos surdimensionnés, des âmes douloureuses qui imaginent que parce qu'elles connaissent bien leur problème, peuvent guérir ceux des autres. Des bonnes volontés aux prises avec leurs souffrances personnelles, des sales mômes atteints de complexe de supériorité, certains de soigner, parce qu'ils ont lu des tas de bouquins écrits par des d’escrocs, et qu'ils ont eu de bonnes notes à leurs examens. Et pour quoi ? Finir en pleurs dans les bras des meilleurs amis de passage ? Parce que tout passe, tout lasse, tout casse.

    Aimez-vous, Prenez soin de vous.

    Ok, une fois qu'on s'est fait un masque à la banane, un hammam aux fruits, qu'on s'est dit qu'on est la meilleure personne au monde... On fait quoi ?
    On déplore que la terre soit peuplée d'autant de cons ? On plaint la colère des autres, on leur conseille de parler à leurs parents, d'aller voir un psy, et de s'aimer à leur tour ? Ha oui, ça valorise, les conseils à pas cher. Ceux qui n'impliquent pas. Ceux où on ne mouille pas sa chemise, quand on ne prend pas de risque.

    Ok, je m'aime ! Et alors, il n'y a quand même pas de quoi en faire tout un plat. Pas de quoi se répandre. Je m'aime, mes amis, je m'aime, de mes vacances au bord de la mer, de ma soirée en boite, de mon cours de taïchi, je m'aime. N’hésitez pas à ne pas m'appeler parce que je ne peux rien pour vous. Rester où vous êtes, je ne serais jamais si heureux qu'en vous regardant de haut.

    Soyez conquérants, ayez de l'ambition

    Entrainez vous, bossez, ne lâchez rien, participez à la grande course après vos illusions. Tentez votre chance, vous arriverez premier au concours de circonstance. Quand à la course contre le temps, il gagne toujours, ne vous faites pas d'illusion. Mais n'oubliez pas au passage, de faire quelques croches pattes et de vous trahir un peu. Parce que le plus important, ne l'oublier pas, ce n'est pas de gagner, mais de participer à la grande mascarade ! Avoir le job qui va bien, le logement at "the place to be, la préoccupation du moment : Du gadget dernier cri,  de la ZAD, à la ruche qui dit oui, du fouet qui claque sur votre cul ou sur le sien. De Charlie au 13 novembre, n'oubliez pas de fustiger les gens qui n'en sont pas. Il n'y a que comme ça que vous sentirez que vous en êtes vraiment.

    Vous vous direz, si vous avez eu le courage de passer plus d'une minute de lecture à ce texte, que je suis bien aigrie, que décidément ça va pas bien, que je devrais aller voir un psy, parler à mes amis, ma famille, prendre des vacances, lâcher prise, pardonner, me bouger le cul, et arrêter de me répandre en fiel sur la gueule des bienheureux. Ce à quoi je vous répondrai : Allez vous faire foutre.

    Parce que j'en ai plein le cul de devoir choisir de quel coté du manche je DOIS être. J'en ai, en fait, rien à foutre de vos règles. Dans le bon, la brut et le truand, Clint Eastwood dit: "Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses." Et bien moi, je suis le rat des sables, hors champs, qui ne fait même pas parti de l'histoire.

    Alors rayez moi de la liste, celle du grand concours de la win. N'espérez pas de changements, ne dites plus jamais de moi que je m'en sors pas trop mal, que je suis en progrès, que je suis moins...., ou plus... Parce que  je ne vais tout simplement pas dans la même direction. Je ne vais seulement nulle part. J'existe.

    Je vais continuer de rire, faire des conneries, pleurer en désespérance, décider que plus jamais, me prendre les coins de porte, me perdre en voiture, m'insurger, me faire avoir, m'attendrir, aimer celui ou celle qu'il ne faut surtout pas ! Faire des câlins à mes enfants les faire chier avec des broutilles, trop manger, avoir peur, chercher la solitude, la fuir, et j’espère faire ça encore longtemps.

    Il y a une conviction pour laquelle je lutte, pour moi, et pour ceux qui y croient. Il ne sert a rien de chercher à  évaluer les êtres et les choses, les caler dans la grande machine à comparaison, chercher à savoir où ils en sont, dans le monde, ou on en est. Nous en sommes nulle part. Nous sommes.

     

    Allez ! Je vous souhaite une chouette année.

     

     

    Ps : Le texte comprend probablement des fautes en tous genres. Vous pouvez vous dire que, pour un auteur, ça craint, hou la la etc, ou me le corriger, en rouge, et m'envoyer la correction. Ce n'est pas parce que je suis dysorthographique que je n'aime pas la langue française. Et ma façon de l'aimer, n'est surement pas la même que la votre, et alors ?

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Stephie
    Samedi 2 Janvier 2016 à 19:37

    Ton texte me parle et me touche beaucoup. Sans doute car nos histoires très différentes sont pourtant très semblables. Et en ce moment, j'ai aussi envie d'envoyer foutre tous les donneurs de leçons qui ne gèrent pas mieux leur vie pour autant.

    et puis... mais non...

    En tout cas, je t'embrasse. Fort.

    2
    redbkode
    Dimanche 3 Janvier 2016 à 13:06

    Je suis émue, touchée, les tiroirs s'ouvrent..et rendent de la cohérence à ce que je sens de toi...Il ne te reste plus qu'à envoyer chier les donneurs de leçons...Ce texte pour moi c'est l'affirmation de SOI...Et je me sens beaucoup de proximités d'âme avec toi...Et ce texte est balaise....A VIF !

     

    je t'embrasse fort....j'aime le filles couillues et ça on peut pas dire que tu en manques, écrire c'est comme éplucher une orange et laisser la chair à nue... Exposée aux autres, aux hyenes qui reniflent les points faibles et arrivent avec leurs théories et leurs solutions....Mais se dévoiler l'âme à l'air ça en général les donneurs de leçons en sont incapables, voilà ta force même si elle rend le quotidien plus rude ! Tu passes à l'extérieur, au visible, aux critiques cet intime....tu es forte dans ta fragilité et cela c'est ADMIRABLE.

     

    3
    Mercredi 6 Janvier 2016 à 13:36

    Plus je lis, plus je t'aime. (Tout bien tout honneur, je suis ce qu'il y a de plus hétéro, enfin, je crois. Au mieux (ou au pire), je n'ai pas de sexe. Bref, ce que je eux dire, c'est que c'est pas le sujet)

    Continue !

    4
    Mercredi 6 Janvier 2016 à 13:41

    ca me fait tout chaud a mon tit coeur de beurre

    5
    Marlene Jones
    Mercredi 13 Janvier 2016 à 23:50

    Bonsoir,

    Je suis comme toi, totalement horripilée par les panneaux "pardonnez à vos parents, ne les laissez pas tomber…" D'abord, pour une raison très bête : les gens qui laissent tomber leurs parents sont extrêmement rares. Je connais deux femmes qui ont laissé tomber leur mère, (et encore comme le dit l'une d'elle, si elle avait besoin de moi, je serai là,) pour des raisons on ne peut plus valables. Deux sur l'ensemble des gens que j'ai connu !

    Alors, non, les gens ne laissent pas tomber leurs parents. Globalement, même ceux qui ont des raisons plus que valables ne les laissent pas tomber.

    Les psys ? Oui, pourquoi pas ? Mais encore faut-il (et j'ai eu cette chance, au bout de 4,) de tomber sur la bonne. J'ai fait mon chemin, j'ai avancé et j'ai fait des choix, totalement en désaccord avec la course à la win. J'ai même laissé tomber mon boulot pour vivre de ma plume. J'ai un mari et ça aide. 

    Autre chose : tu ne fais pas de fautes, du moins pas autant que tu crois en faire. Les "dys" ont plus de mal que les autres, mais parfois plus de volonté : je suis dyscalculique et je connais encore mes tables de multiplications par coeur. 

    Pour finir : prends soin de toi et trace ta route. Si j'ai appris quelque chose ces dernières années, c'est qu'il n'y a pas de bonnes routes. Il y a la route. Et je suis hyper fière d'avoir touché mes premiers droits d'auteur, même si ce n'est pas grand-chose, pour moi c'est énorme.

    Allez bisous et bonne route.

    6
    Mercredi 30 Mars 2016 à 11:03

    Bonjour, amie lointaine,

    Je sais, nous ne sommes pas "amis", du moins, pas encore. Cependant, dans la région où je vis, nous avons l'habitude de nous sourire et de nous saluer lorsque nous nous croisons. C'est une manière comme une autre d'installer un peu de bien être dans le cœur des gens et de leurs prouver qu'ils ne sont pas tous des inconnus. Bref, merci pour ces pages généreusement écrites et qui forcent à la méditation. Je ne doute pas qu'elles doivent aussi déranger, car nous vivons dans un monde formaté qui n'aime pas que l'on écrive avec une encre autre que la sienne. Pourtant, le monde ne vit que grâce à ses différences et ce ne sont pas forcément les paroles des uns et des autres qui nous enrichissent, mais la façon qu'ils ont de nous le dire et surtout le regard qui accompagne leurs paroles. 

    Beaucoup d'entre nous sont des écorchés vifs et souvent nous percevons "les autres" d'une  manière différente, certains parviennent à lire entre les lignes, d'autres n'entendent pas les mêmes sont et d'autres encore s'extasient devant l'éclat de couleurs qu'ils sont les seuls à percevoir.

    Je ne veux pas vous ennuyer avec mes propos. Sachez seulement que je sais de quoi je parle, car à mon âge,(déjà) bien avancé, on a un œil sur la cave de la demeure, car l'autre est trop faible pour retourner au grenier. J'ai connu les sentiments que vous évoquez ; je me suis battu toute ma vie; oh ! Je vous rassure, pas contre les autres, cela est trop facile, mais contre moi-même. 

    Un jour, peut-être raconterai-je, mais il n'enrichit personne de savoir que nous ne sommes rien ou si peu de chose parmi la débauche d'existence des autres.

    J'ai trouvé le bonheur, d'abord auprès de mon épouse qui m'offrit nos enfants et ensuite, en nous réfugiant à la lisière de la vie, près de la forêt que nous n'avons jamais quittée.

    Merci encore pour ce que j'ai lu et avec votre permission, je reviendrai lire encore. Non, parce que je me reconnais en vos paroles et vos souffrances, mais parce que même lorsqu'ils transportent la pluie les nuages ont des formes différentes.

    A bientôt et depuis notre forêt profonde et mystérieuse, je vous adresse d'amicales pensées.

    René

    7
    Mercredi 30 Mars 2016 à 12:54

    Bonjour et merci pour vos mots, ami lointain. Vous êtes évidemment le bienvenue ici. Lisez à loisir, en espérant que ce que vous y trouviez vous apporte un petit quelque chose.

    8
    Samedi 2 Avril 2016 à 17:08

    Bonjour amie par de là l'océan, Merci d'avoir pris le temps de lire mon modeste avis. Oui, je reviendrai, car bien que n'attendant plus rien de la vie, j'aime écouter ce que fut celle des autres. Pour moi, passant lambda, les mots sont comme la musique métisse que les alisés jouent dans les grandes feuilles de nos palmiers.

    Merci encore et n'arrêtez pas d'écrire. Chaque lettre à une histoire et il me plaît d'en découvrir les mots.

    René

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