• Mieux vaut être beau, riche, et en pleine santé, qu'être humain.

    Mieux vaut être beau, riche, et en pleine santé, qu'être humain.Je viens d'avoir un ami très cher au téléphone, un ami dont je suis un peu amoureuse sur les bords, mais chuuut!

    Il me demande où j'en suis de la rédaction de mon parcours professionnel. Je lui raconte la complexité de la tâche à cause des nombreux boulots alimentaires que j'ai fait pour pallier à mes tous petits revenus venant du théâtre. Il me demande, mais si tu gagnais si peu, pourquoi continuer le théâtre ?

    Bonne question ! En dehors du fait que c'est mon métier, que je n'ai que six métiers "comédienne, metteur en scène, auteur/scénariste, professeur de théâtre, formatrice en communication interpersonnelle, animatrice", que je n'ai pas d'autres formation, je n'ai le choix qu'entre gagner raisonnablement ma vie en mourant à petit feu dans une entreprise normale, avec des chefs et des collègues, ou faire ce que je sais faire, comme je sais le faire et crever la dalle." Alors il me dit :

    -" Mais il n'est pas trop tard pour en changer, faire une formation !"

    En dehors des réelles difficultés techniques pour changer de métier que je ne rappellerai pas ici, je n'arrive pas à lui faire comprendre que je ne peux pas travailler dans une entreprise normale.  J'ai beau lui expliquer que je finis en burn-out en 6 mois, que je ne supporte pas la pression, les exigences économiques au détriment de l'humain, que je ne survis pas aux guerres de tranchées entre bureaux, services, ou contre la concurrences, les clients, l'ordre mondial, que je ne peux pas participer à ce massacre en règle de l'individu. Il ne comprends pas. J'explique que ma seule solution, aujourd'hui, est de monter mon propre projet et d'espérer me soigner de la peur panique qui s'empare de moi, dès que je dois aller démarcher. Il ne comprends pas ! Ce n'est ni un choix ni une préférence. "Imagine que tu veuilles faire une chose que tout le monde fait, sauf que toi, quand tu essaies, la nausée te vient, l'angoisse, les crises de panique.  Tu ne comprends pas pourquoi, tu sais que cette peur morbide est démesurée, tu as beau te répéter que tout cela n'est rien, qu'il faut prendre sur soi rien n'y fait : Tu tombes malade, tu pleures à chaque réveil, à la bruine, au vent et au soleil.

    - "Mais tu es allé voir un psy ?" Je n'ai fait que ça. J'ai passé ma vie à ça. J'ai vu des psychiatres, des coachs, des sophrologues, des naturopathes, des acuponcteurs, des psychothérapeutes...  Ils m'ont fait parler de ma mère, de mon père, respiré, visualisé, ont élaboré des plans d'attaque, on y a passé des années, ça n'a rien changé.

    - "Alors, mais ne le prends pas mal, c'est peut être parce que tu ne veux pas changer!" Non, je ne vais pas le prendre mal, bien sur que non. Pourquoi est ce que je le prendrai mal. Hein ? Je suis tellement habituée à entendre ça, je ne le prends plus mal. C'est tellement évident !  Si je suis malheureuse, si je souffre, si parfois le vide m'appelle, c'est parce que j'aime ça. Ben oui, c'est tellement gratifiant de vivre dans un hlm à 47 ans, de dire sans arrêt à ses enfants, "pas maintenant, on n'a pas les moyens", de refuser tous les projets de vacances, de ne pas sortir, d'angoisser chaque jour. C'est tellement valorisant de ne pas être en mesure de payer des études à ses enfants, de vivre de la solidarité sociale, nous les fainéants, les assistés ! Faudrait qu'on nous élimine pour assainir la société. C'est vrai qu'on fait désordre dans ce monde si lisse et si parfait. Cet ami, très cher, m'aime beaucoup, je suis une personne précieuse pour lui. Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'il "réalise", que définitivement, je suis irrécupérable, que je suis perdue. Comme d'autres avant lui l'ont fait. je suis un problème insoluble. Alors il oubliera de m'appeler et nous disparaitrons l'un à l'autre.

    Vous savez quoi ? Je n'en peux plus qu'on me demande d'être ce que je ne suis pas pour survivre dans ce monde de dingue, parce que ce monde est dingue ! Ce n'est pas normal d'être capable de vendre des peignes aux chauves, de créer des désirs inutiles pour assouvir des besoins inexistants, ce n'est pas bien d'écraser, humilier, rendre malade, laisser mourir ou tuer nos semblable pour plus de pouvoir, d'argent, une fable de toute puissance. C'est idiot d'essayer de jouer aux jeux des puissants parce que les dés sont pipés. 

    Je n'en peux plus de devoir me justifier, m'excuser de ne pouvoir jouer cette pantomime pitoyable, écoeurante. 

    Je veux juste vivre, être respectée, offrir un avenir à mes enfants, et vieillir dignement. J'ai le droit ? 

     

    photo : La rêveuse et l'oie, Christelle Dupaquier


  • Commentaires

    1
    Mercredi 10 Septembre 2014 à 20:03

     

    Parce que justement il y a des choses en nous qu'on ne peux pas changer même en le voulant très fort. C'est ainsi et c'est ce que les autres, différents de nous, ne veulent pas comprendre. Je ne veux pas changer? Et toi veux tu essayer de me comprendre? Quand on n'est pas fais pour une chose on ne l'es pas. ça ne sert à rien de forcer et si on le fais on tombe malade ou pire on en meurt. Je me reconnais dans tout ce que tu dit et plus encore j'y reconnais mon homme et l'incompréhension qui nous a collé au basques durant des mois des années après son burn out! je me suis souvent aperçu que les gens sont souvent pleins de conseils mais qu'en général ils sont loin d'être heureux et d'être des exemples. Les plus heureux ne donnent d'ailleurs pas de conseils, ils écoutent. ;-)

     

    2
    Mercredi 10 Septembre 2014 à 20:24

    Merci petite sorcière. :)

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