• Partout sauf ici, tout sauf moi.

    Partout sauf ici, tout sauf moi.Ce n’est pas que je m’insupporte, mais je m’ennuie. Je vais, je viens, je me traine encore de rêve en rêve, heurtée par les contours anguleux d’une réalité triste et morne. Pourquoi être ici et maintenant quand tout se passe ailleurs en d’autres temps ? Je me déplace et tout se déplace en même temps. C’est toujours là bas que je veux vivre, loin de moi, là ou je ne suis pas. Là ou la vie est merveilleuse, les couleurs plus vives, ou plus pâles, ou plus chaudes. Un autre part qui contient toute la magie du monde, où toute la magie du monde est contenue dans ce mot, ailleurs. De même que demain n’arrive jamais, je n’atteindrai jamais l’ailleurs, condamnée, damnée pour l’éternité de mes jours, à être en ce lieu céans. Il ne me reste plus qu’à ne plus être moi, ne plus être en moi.

    C’est pour cela que je t’ai choisi mon amour. A toi seul tu es l’ailleurs, et tu es l’autre. Si je me fonds en toi, si je me libère de moi, si je disparais, je suis heureuse. Je ne peux trouver ma plénitude que dans ma dissolution.

    Et pourtant, et pourtant, quand je suis ailleurs, quand je suis dans l’espoir de tes bras, je suis en moi, je suis là. Quand je suis entre tes mains, je suis moi, je suis là. Quand tu es là, en moi, je suis là, je suis moi. Chaque fibre de peau qui te sent dessine mes contours, chaque papille qui te goutte me donne toute ma saveur, chaque battement de ton cœur me fait vivre.

    Si je me fuis, que je te cherche, c’est pour me retrouver. Quand tu me fuis, tu m’éloignes de moi, je courre encore et je me retrouve dans cette course.

    Tu n’y comprends rien mon amour ? Bien sûre que tu n’y comprends rien, qui comprendrait, et à quoi bon ? Ce ne sont pas des choses à comprendre. Il faut le vivre, le sentir, le souffrir, je le sais.

    Tu vois, la vie est là, dans ton absence, dans ta présence, dans mes luttes, dans mes volontés farouches de tout changer, de tout préserver. Au jour le jour, minutes par minutes scruter l’avenir avec inquiétude, et tout oublier dans un soupir. Ma vie est là, dans mes fuites, mes amoures, mes regrets, mes souffrances, mes jouissances, mes échecs et cette ligne de vie qui ne va nulle part et n’a aucun sens. Ma vie est dans l’instant, celui que je fuis, celui que je guette, celui que je crains, celui que je regrette. Ma vie est une étoile filante, peuplée d’étoiles filantes.

    Toi aussi tu fileras. Je tache de vivre chacun de nos instants comme le dernier. Prête à tout donner, garder serait gaspiller. Plus le temps passe plus je suis avide. Avide de me défaire de tout, avide de donner, avide de vivre. J’écarte les bras, je me tends, j’abandonne mes oripeaux, je m’ouvre, je m’offre, prends ! Prends moi toute entière, dévore toute ma chair, bois jusqu’à la dernière goutte de mon suc, absorbe moi. Et quand tu m’auras épuisé, quand tu en auras fini avec moi, que tu auras tout brûlé, que tu me tourneras le dos pour un ailleurs, quand je serai morte de toutes ces morts, alors je pourrai renaitre dans d’autres bras. Mais ne me dévore pas trop vite. Prends ton temps, laisses moi le temps, je veux vivre avant de mourir.

    Et que la chance me sourit, que l’amour m’accompagne jusque dans mes dernières errances, quand mes cheveux seront blancs, et ma démarche incertaine. Quand il faudra des yeux usés d’expérience pour voir que je suis belle. Que mon cœur trouve le repos avant de s’éteindre. 

    Photo de Plume E. Heters 


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