• Petite histoire

    homme_inconnuJe croyais tout ce qu'il me disait. Je le croyais gentil, intelligent et amoureux.  Malgré ce qui s'est passé, je ne peux pas remettre cela en question. Oui, pendant longtemps il a été extrêmement gentil, délicat, attentionné. Il faisait l'admiration de mes copines dont les maris passaient pour des hommes de Cro-Magnons à coté de lui. Toujours à me demander si je ne voulais rien, s'il pouvait faire quelque chose pour moi. Tant que c'en était gênant. Intelligent, sans aucun doute. Pas que je me prenne spécialement pour une lumière, mais je ne suis pas la seule qu'il ai pris dans sa toile. Amoureux ? Plus que tout je voudrais remettre cela en cause. Je ne sais pas en quoi cela vaudrait mieux. Peut-être m'a -t-il aimé autant qu'il me l'a dit, ou plutôt aussi souvent qu'il me l'a dit. Comme ça comme un coup de sang qui monte d'un coup et qui redescend aussi vite. Souvent il me disait :  « je ne t'ai jamais rien dit que je ne pensais ». Je sentais, confusément que cette phrase n'était pas aussi absolue que ce qu'elle donnait à croire. Mais je restais concentrée sur la surface, sur ce que je souhaitais entendre et je prenais ca comme un gage de vérité. Mais rien empêche un menteur de mentir, certainement pas un serment ni une promesse. C'est étrange , cette sensation d'avoir été trompé de n'avoir rien vu. J'ai encore du mal à y croire. Etais-je bête à ce point là ? Pour me rassurer j'invoque la cohorte d'amis et de famille qu'il a trompé aussi. Je suis la première du groupe, mais pas la seule. Leur erreur adoucit mon amertume. C'est un peu mesquin, mais au point ou j'en suis je ne vais pas jouer les héroïnes.  Il m'a jeté toutes mes illusions à la figure, jusqu'à la dernière. Avec un tel acharnement une telle rage ! Une machine de guerre, méthodique, organisée, impitoyable. Il est venu à bout des mes illusions, de ma foi en la vie de mes espoirs, de mes certitudes. Il a tout piétiné, déchiqueté, brulé. Un désert à pris la place. Après les hurlements de bêtes sauvage, les gesticulations barbares, le silence, indifférent, hébété s'est imposé. Puis, sans que je sache comment, alors que rien ne m'importait plus , j'ai eu envie de comprendre. J'ai renfloué les souvenirs enfouis et leur cargaison de douleur. Les sentiments entremêles, Colère, amour, tristesse sont remontés eux aussi à la surface. Un tel enchevêtrement qu'il m'était impossible de comprendre. Je devais faire le tri.  Et me voilà à ma table, armée de mon stylo. Que s'est il passé, comment j'en suis arrivée là, comment m'a-t-il prise au piège ?

     

    Faut il raconter mon histoire du début et en dérouler le fil chronologiquement, ou au contraire laisser libre cours a mes pensées, rebondir de souvenir en souvenir au gré de mes émotions? Je ne sais pas. Comment nous sommes nous rencontrés ?  C'était il y a 6 ans. Trois ans de romance et de guerre, trois ans d'hébétude, et aujourd'hui, le réveil. J'ai 46 ans. Je dois faire le deuil d'une famille que je n'aurai jamais. Je n'ai pas eu d'enfant, Je n'en aurai jamais. Je suis et serai seule jusqu'à la fin. Comment j'en suis arrivée là ?

     

    Il y a 6 ans, je travaillais dans une boite de production de dessins animés. Chargée de production à 25 ans,  assistance puis directrice, j'affirmais ma position dans un monde masculin. Je m'en sortais plutôt bien. Beaucoup de boulot, beaucoup de stress, vie confortable. Je jouais des coudes et des hanches. Je sortais beaucoup, des diners, des fêtes, entourée de célibataires divorcées. Moi, je n'avais jamais été mariée. Je n'avais pas pris le temps de m'investir dans une histoire d'amour. M'affirmer professionnellement m' était  plus important. Femme accomplie ? pas tout à fait, l'horloge biologique me taraudait. A 40 ans, j'étais belle. Physique soigné, humour grivois (que j'avais appris avec mes frère et peaufiné en travaillant pendant 15 avec des hommes) je jouais et je croyais à mon jeu, la femme libre, indépendante, croqueuse de vie. Cette image me convenait et m'était profitable dans mon métier. Lui, je l'ai rencontré à « L'Homme Tranquille » un restaurant de la rue des martyrs dans le 18 ème arrondissement de Paris. C'était un soir de semaine, je crois. Une bouffe de fin de production, un rituel. Je n'ai pas de souvenir précis de lui, ce soir là. Plutôt bel homme, sans être un apollon, un humour un peu décalé que j'ai mis un moment à comprendre. Nous étions neuf à table. Il était en face de moi, un peu décalé sur ma droite. Celui qui faisait l'objet de toute mon attention, à cet époque, c'était Vincent. Réalisateur de 42 ans, divorcé, deux enfants, sexy en diable. On ne se voyait que par période au gré du marché. Je l'avais rencontré marié, puis malheureux puis divorcé. Je lui avais laissé du temps. Je ne voulais pas faire parti de ces filles que l'on couche par dépit, par colère, et que l'on jette avec la hargne du fraichement divorcé. J'avais bien envie de lui mettre le grappin dessus. Je ne visais pas notre mariage, mais celui de nos carnets d'adresse. Il était fun, compétent, très bien placé dans le métier. A nous deux nous aurions  fait un carton. A ce moment là, je le trouvais mure pour reprendre une relation sérieuse. Nous avions passé des année à nous dragouiller mutuellement sans qu'il ne soit jamais rien passé. Ce n'était qu'un jeu. La difficulté se trouvait sensiblement là. Comment cesser de jouer ? Je m'étais placé, proche de lui. Il était face à moi décalé d'une place vers la gauche. Face à moi Sybille et Ann. Deux quadra homo et inséparable depuis 10 ans. A coté de moi à droite, un gros lourd qui me draguait, à ma gauche, Guillaume, mon meilleur ami, un homo un peu folle, confident de mes tribulations. Ensuite, je ne sais plus trop. J'étais très préoccupé de Vincent et je n'ai d'abord pas fais attention à Paul. Ce que j'ai pu dire ce prénom par la suite ! Je l'ai dit sur tous les tons, comme une chanson, comme un caresse comme un cri. Ce soir là, j'ai a peine écouté son nom quand on me l'a présenté. J'ai du lui plaire car a de nombreuses reprises il s'est moqué de moi. Il cherchait à me casser mon coup avec Vincent. C'est à cause de cela que j'ai fini par le remarquer. Il m'agaçait, mais en même temps, je le trouvais drôle et pertinent. Je n'arrivait donc pas à lui en vouloir. Je suis rentrée seule et pendant les jours qui suivirent, quand je pensais à Vincent, je pensais aussi à Paul.


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