• Petite histoire (suite)

     

    boulotEn rentrant chez moi j’appelais illico Sybille et lui laissais un message.

    -« T’avais raison ma belle, encore une fois. Dis, tu veux pas revenir à Paris y rester un peu me servir de guide ? J’men sortirai pas sans toi. Je vais finir vieille fille. »

    je décidais d’oublier et de passer a autre chose. Boulot, sorties, boulot, sorties, mais j’évitais autant que possible de voir Guillaume et Vincent. Les mois s’écoulaient tranquillement. Vincent fini par faire son coming out, ce qui fit rire tout le monde. J’avais digéré la nouvelle.

    Mais revenons à Paul. Je le croyais disparu, retourné à son monde. J’avais oublié qu’il était ami avec un certain Rémi qui venait de commencer chez nous pour une nouvelle prod. Un soir, je vis Paul débarquer au bureau. J’étais au fond de l’open space, papotant avec un monteur, face à la porte d’entrée. Je le vis faire quelques pas avant de s’arrêter et balayer toute la salle du regard. Quand ses yeux se posèrent sur moi, il ne paru pas surpris de me voir. Il m’offrit un large sourire et vient vers moi.

    -« Lyubia ! Tu es magnifique ! » 

     Il me colla deux bises d’un air réjoui, comme si on avait rendez-vous. Devant mon air interdit, il paru amusé.

     -« Paul ! Tu te souviens de moi ? »

     Oh oui je me souvenais de lui, et pas en bien. Mais sa phrase me donna une idée.

     -« Euh, pardon mais non. Excusez moi.

    -Paul ! Je suis un ami de Rémi. On s’est vu avant l’été, plusieurs fois. Le pique-nique au parc floral, ça ne te dit rien ?

    -Euh, oui, le parc Floral, oui… Mais toi… Je suis désolée, c’est très gênant !

    -Non, ca ne fait rien. C’est normal. Je crois que tu étais préoccupé par un certain Vincent à l’époque. »

     L’enfoiré ! Je l’avais pas vu venir celle là !

     -Préoccupée par Vincent ? Je crois pas, non.  

    -Ah bon ? j’ai du me tromper alors. 

    -Oui, c’est ça. Bon, et bien… Bonsoir, je rentre moi »

     Je fis la bise au monteur et m’éclipsais vite fait. Je le revis deux jours plus tard dans l’ascenseur d’amies. Catherine et Anne venaient de déménager rue Caulaincourt et organisaient une crémaillère. Alors que je me battais avec la grille de l’antique machine, il débarqua.

    -« Il y a une place pour moi ?

    -Si tu arrives à fermer ce machin et le faire fonctionner. »

     Il entra ferma la grille sans difficulté, je l’en haïssait encore plus, et se plaça a mes côtés. Après une demi minutes de silence il me dit :

     -« Lyubia, je crois que je m’y suis très mal pris dès le début avec toi. Le coup du guet-apens, ça n’était pas très malin. Je te présente mes excuses. J’espère que tu me pardonnes et que tu me donneras une chance de me rattraper. »

     Que répondre à cela ? Lui dire non, était lui donner trop d’importance. Je songeais bien, une seconde à lui dire, « Excusez moi, mais je ne sais vraiment pas de quoi vous parlez », mais il ne m’aurait pas cru. Je lui dis que bien sur, il n’y avait pas de problème. Et là il me tendit un joli bouquet de fleurs.

     -« Je l’ai acheté pour Catherine et Anne, mais je te l’offre. Pardon. J’en garde une, non deux pour elles quand même. »

     Il déchiqueta l’emballage et retira deux fleurs qu’il tint devant lui comme un communiant et me tendit le bouquet. Cela me fit rire. Je n’aurais jamais du rire à cet instant. Il s’engouffra dans la faille et me sorti tout un tas d’âneries. Quand nous arrivâmes au 5 ème étage, je rigolais comme une collégienne.

     Pendant toute la soirée il se montra affable, au petit soin sans être collant pour autant. Il avait retenu la leçon. Je le notais. Il était capable de s’adapter, c’était un bon point pour lui. Au sortir de la soirée il m’offrit de partager le Taxi.

     -« Mais tu ne vas pas dans ma direction !

    -Si, mais il n’y a que toi qui ne le sait pas. »

     Ca me clouait le bec. Il me raccompagna donc en taxi. Je craignais qu’il ne tente quelque chose, qu’il s’invite à mon appartement, mais non. Arrivé en bas de chez moi il me fit la bise et me souhaita une bonne nuit.

    Il attendit une ou deux semaines avant de me recontacter. J’étais en pleine paperasse insupportable quand le téléphone sonna pour la millième fois. Je décrochais d’un ton peu professionnel.

    -« Oui, quoi ?

    -Je te dérange ?

    -Qui est à l’appareil ?

    -Oui, pardon, excuses moi, c’est Paul. Mais je te dérange là. Je peux rappeler plus tard ?

    -Oui, non, dis-moi…

    -Euh… Est ce que tu es libre vendredi soir ?

    -Euh… je sais pas pourquoi ?

    -Oui, pardon. J’organise un dîner. Il y aura des amis à moi et des amis communs. C’est un repas fromage. Tu aimes le fromage ?

    -Oui, j’aime ça.

    -Alors je peux compter sur toi ?

    -Pour ? … Le dîner, pardon. Écoutes, je ne sais pas. Je suis en plein boulot, là, je suis en retard. Je peux te rappeler ?

    -Oui, oui, bien sur !

    -Je te rappelle alors. Tchao ! »

     Et je raccrochais. Je me remis illico au boulot, pressé par le délais et par l’envie que j’avais de remettre a plus tard ma décision. Les jours passèrent et je ne le rappelais pas, pour le coup, cela m’était sorti de la tête. Ce fut une conversation téléphonique anodine avec Catherine qui me le rappela.

     -« … On se dit a vendredi, de toute façon.

    -Vendredi ?

    -Ah ! J’ai peut être fait une gaffe. Paul organise un dîner vendredi…

    -Ah oui ! Vendredi ! Paul ! Si si, il m’a appelé. Je devais le rappeler m’ai complètement oublié !

    -Alors tu viens ou pas ?

    -Je sais pas il y aura qui ?

    -Ben qu’on connaît, Anne, Rémi, Vincent et Guillaume, c’est tout je crois.

    -Ben écoutes, je ne sais pas… Pourquoi pas…

    -Allez, viens ! Ça va être sympa ! On va se bourrer la gueule, ca te fera du bien, tu bosses trop.

    -Oui, t’as raison.

    -Bon a vendredi alors !

    -Ok ! A vendredi. »

    Un peu lâche, je décidais de lui envoyer ma confirmation par sms, espérant qu’il m’enverrait son adresse de la même façon. Mais non, il m’appela illico. Je n’étais pas très fière de ma lâcheté, mais il me détendît en se montrant charmant. Pendant les quelques jours qui me séparaient de ce vendredi là, je réfléchi au pourquoi de mes réticences. Était ce le coup du guet-apens, ou était ce parce que je l’avais associé à ma déconvenue d’avec Vincent ? Je croyais connaître la réponse et elle ne me plaisait pas. Moitié parce qu’elle ne flattait pas mon ego, moitié pour autre chose que je n’arrivais pas à définir et que je ne pris pas au sérieux. Avec le recul, le dicton « méfiez vous du premier mouvement, c’est souvent le bon » me revient en mémoire.

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :