• Le MEFCeci est un appel à t'aime, appel à témoin. Non, je ne bégaie pas. J'ai envie de parler d'une chose que je ne m'explique pas, et j'aime bien m'expliquer des trucs. J'ai besoin de comprendre, de trouver un mécanisme, une logique, même absurde à ce phénomène qui fait parti de moi depuis toujours, mais que je commence à cerner que depuis peu.

    Je suis atteinte d'un truc, que je nommerais le MEF (Montée d'Emotion Fortuite).  Et ouais, rien que ça. Ca ne vous arrive jamais à vous ou ça vous arrive tout le temps ? Bon, au cas où, je vous explique. Imaginez-vous tranquille pépère dans votre quotidien, concentré sur une tache quelconque, et soudain, bim ! Sans prévenir, une émotion violente vous envahit. Une émotion violente qui n'a absolument rien à voir avec rien. Juste une émotion comme ça gratis. Mais pas sans engagement.

    Ce n'est pas que je suis prise d'angoisse exagérée en lisant mon relevé bancaire, ce n'est pas une joie outrancière en apprenant que ma nouvelle à été retenue pour le prochain Osez 20 histoires, ce n'est pas une bouffée de tendresse délirante qui m’envahit devant une vidéo de chaton, non. Imaginez plutôt que je je regarde un tuto d'un truc technique et soudain, j'ai envie de pleurer, je lis un article sur Deleuze et soudain, j'ai envie de sexe, je gare ma voiture, une joie profonde m'envahit. Vous voyez le tableau ? Ca marche avec n'importe quelle émotion qui peut surgir vraiment n'importe quand.

    J'ai essayé de photographier ces instants pour voir si je n'avais pas de pensées automatiques qui pouvaient susciter des émotions, mais à priori non. Bon ok, c'est cool les émotions, on se sent vivant et tout et tout, mais quand ça vient n'importe quand n'importe comment sans lien avec ce que l'on vit, pense, sur le moment, c'est grave RELOU !

    Je marche tranquille dans la rue, je suis d'humeur tranquille, neutre et tout à coup, je suis en colère, ou j'ai de la peine à retenir une envie de m'esclaffer, tout à coup je dois porter un fardeau, comme si j'étais au désespoir,  comme ça, pour rien.

    Pendant très longtemps, j'ai cru que j'étais vraiment malheureuse. Je cherchais les causes de ce lancinant chagrin qui frappait mon poitrail (il n'y a que maille qui m'aille). Et  je trouvais, parce que quand on cherche, on trouve. Grâce à mes amis les psychanalystes, j'ai raclé le fond de mon inconscient, j'ai repeint le ça, le surmoi et le moi de tous les topics Freudiens, Lacaniens et Lacaniennes, vont chanter vont danser sur le violon... la faute à qui donc, la faute à... mon esprit tordu qui pense à cette chanson, à chaque fois que je pense le mot Lacanien, merci Pavlov.

    Il m'a fallu bien longtemps pour réaliser qu'en fait, non, je n'étais pas dépressive, que ma vie n'était pas une catastrophe, et que mes émotions n'étaient pas forcément le reflet, l'expression de mes pensées conscientes ou inconscientes, ni la faute papa, maman, la société, bouhouhouh! Évidemment, je me prenais vachement moins la tête pour les émotions positives, bien qu'elles m'aient parfois conduites à des débordements que j'ai amèrement regretté par la suite. (je vous raconterai peut être une prochaine fois.)

    Maintenant, quand ça m'arrive, je ne cherche plus de raison, j'attends que ça passe, mais c'est lourd, lourd, LOURD !!!  Ça passe pas toujours très vite. Comment avoir confiance en soi, quand on ne peut pas faire confiance à ce qu'on ressent, quand vous vous prenez une baffe émotionnelle qui vous met le cul par terre, en pleine action, action qui n'a rien à voir avec la choucroute. Parce que quand je suis seule, c'est fatiguant, mais gérable, mais quand je suis en plein cours, en entretien, en pleine négociation, en plein coït... C'est ... Putain vous ne pouvez pas savoir ce que c'est... Comme un jour de règle dans un pantalon blanc, une diarrhée aigüe pour un entretien d'embauche, le syndrome de la Tourette chez les moines ayant fait vœux de silence.

    Bon, faut que j'aille taffer. Là j'ai les boules, mais c'est normal, je vais faire l'amuseur public pour des décérébrés imbus grossiers, des Cro-Magnon en effervescence hormonale. Je vous jure, c'est pas drôle du tout. En plus c'est mal payé. Putain je suis à la bouuuuuurre !

    Alors, ça  vous arrive ou bien  ?

     


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  • # nuitdeboutManif du 9 avril. Ça tombe bien, je devais bosser, mais finalement, non. Il fait un temps de merde, encore. Ce coup-ci, je m'équipe. Pas question de rentrer trempée jusqu'au slip. Rendez-vous place de la liberté.

    La camionnette FO attend les manifestants entre la caisse d'épargne et la BNP, sur le grand trottoir, pas question de déborder sur la route. Ici, les manifs sont disciplinées et les flics ne sont arnachés que de gilets jaunes. Je regarde autour de moi, et ça me fait penser à ma première boum. Beaucoup d'invitation lancées, peu de gens à l'arrivée. M'enfin, je suis dans une petite ville de province. Habituée aux manifestations parisienne, je suis mauvaise juge. On me dit que c'est bien, y a du monde. Nous avançons tranquillement au rythme de la Batucada. Heureusement qu'elle est là, elle. Quand elle s'arrête, on entend vaguement des slogans au micro, scandés d'une voix lénifiante. 

    Le cortège remonte la ville. Du quartier populaire à la vielle ville, en passant par le temple de la consommation. La grand-rue piétonne bordée de boutiques formatée et identiques dans toute la France. Les mêmes enseignes du nord au sud, d'est en ouest. Sur les bords les lèche-vitrines nous regardent avec curiosité. Les plus téméraires grognent mollement. On les emmerde. Traverser la manif en famille, ce n'est pas facile. Nous arrivons à la fin du parcours. La voiture se gare, la Batucada se barre, le temps de se demander ce qu'on fait, il ne reste plus personne. Un vieux passe en gueulant au scnadale a cause de quelques papiers par terre ! Un vieil étudiant prend le micro et nous donne rendez-vous dans un quart d'heure pour un débat public. Mes amis rentrent se réchauffer, je reste, je vais tenter l'expérience. J'avoue que je suis frustrée de ne pas être à Paris, ou du moins dans une grande ville. Je suis curieuse, j'aimerais entendre ce qui se dit.

    Une demie heure plus tard, il y encore moins de monde et le débat n'a toujours pas commencé. Je suis frigorifiée. Je vais boire un café. Je reviens sur la place, une petite centaine de personnes (je crois, je suis nulle en estimation) sont réunies autour d'un morceau de lino. Beaucoup de jeunes, quelques vieux briscards se partagent la parole devant quelques badauds intéresses. Je m'approche, j'écoute. Tout ce qui se dit là, c'est ce que tout le monde se dit, plus ou moins. Un petit tour pour se rassurer, vérifier qu'on pense tous à peu près la même chose, qu'on va pouvoir discuter, qu'on ira surement dans le même sens. Un vieil universitaire nous rappelle que Mitterrand nous a mis dedans, un travailleur social parle de la souffrance au travail, un chômeur de la solitude des chômeurs et les jeunes nous disent qu'il faut changer le monde. Nous sommes tous d'accord. Tout cela, entrecoupé par une femme qui veut des réponses maintenant : "Ok, mais comment ? C'est quoi les outils ? Qui fait quoi ? On commence par quoi ? C'est bien beau, mais on fait quoi ? Elle agace. Des "chut!" se lèvent contre elle. On lui dit qu'elle doit cesser de couper la parole, qu'elle parlera a son tour. On rappelle les règles du débat. Les mains comme-ci pour une réponse directe, les mains comme ça pour une intervention globale. Les mains s’agitent de part et d'autre tout le monde à une réponse directe a la réponse directe de la réponse directe de tout à l'heure. Le débat continue, s'installe. Finalement, on tend le micro à la dame, qui parle avec quelqu'un d'autre. Elle ne voit pas le micro, elle s'en va, change de trottoir, va boire un coup sous le barnum. 

    Une jeune étudiante au teint rougi par le froid prend le micro : "Puisque que la dame a posé la question, qu'est-ce qu'on fait maintenant, je propose une pause. Je vous donne rendez-vous à 21 heures même endroit, avec le ventre plein et de quoi tenir toute la nuit."

    Je chope une des organisatrices et je lui demande s'ils ont un site, une page fb ou n'importe quoi qui permette de savoir ce qu'il se passe, faire passer les infos, etc. Ben en fait non. Tout se passe à la fac. Faut aller voir, il y a des AG.

    Moi : c'est une volonté de n'avoir fait sur fb, qu'un "événement" et pas une "page", et qu'elle ne soit pas référencée avec un nom facile à trouver, genre "nuitdeboutnomdelaville" ?

    Elle : Ben non, en fait, on a fait ça comme ça.

    Moi : Parce que tout à l'heure, on se posait la question du comment on amène les gens de l'extérieur à se mobiliser. Une bonne lisibilité sur les réseaux sociaux, ça peut être un moyen, non ?

    Un jeune homme qui rejoint la conversation : Non mais tu trouves tout sur nuit debout machin truc.

    Moi : tout quoi ? Et puis c'est un événement. Ce n'est pas aussi lisible et souple qu'une page. En plus, le nom ne sort pas quand on fait une recherche par mots-clés. Ils me regardent, interloqués. Je me demande si je suis claire dans ma façon de parler ou juste neuneu. Une jeune femme vient à ma rescousse. Pour elle aussi, ça a été difficile de trouver des infos. Elle voulait s'investir, mais n'a pas trouvé sur internet de renseignements. On nous oppose que le journal local ne relaye pas les infos. Oui, mais bon, c'est peut-être justement l’intérêt des réseaux sociaux... Bref. Rendez-vous est est pris, on en parlera tout à l'heure. Comment faire grandir le mouvement localement est un sujet qui pourra être abordé au cours de la nuit.

    Je rentre diner. De retour sur place, je suis assez contente. On n'est pas beaucoup, mais pour une ville bourgeoise catho, c'est surement pas mal du tout. On est petit, mais on est là.  J'ai apporté un tapis de plage et une couverture. Je m'assois, j'écoute. Le super mégaphone tourne. Des mains se lèvent timidement pour prendre la parole. 

    Bonjour, je suis Camille, j'ai 20 ans, je voulais dire merci à tout le monde d'être là, parce que je désespérais un peu. Alors là, vous êtes là, vachement nombreux, ça fait chaud au cœur.

    Bonjour, je m'appelle Benjamin, j'ai 22 ans, étudiant, ça fait un mois que j'ai rejoint le mouvement, et je trouve super qu'on fasse cette nuit debout contre la finance et la loi travail. Parce que c'est tous des pourris et faut qu'on en finisse avec eux.

    Bonjour, je m'appelle Victor, je suis étudiant et ...

    Le micro tourne, tourne, tourne. Ce sont les présentations. Je commence à me lasser, mais j'imagine qu'il faut en passer par là, faire un peu connaissance, se rassurer, se dire pourquoi on est là, ensemble à se cailler le cul dans la rue.

    Bonjour, je m'appelle Ermeline, j'ai 21 ans, et je voulais dire que des réunions comme ça, il faut les faire aussi pour tout le monde. Je suis super contente qu'on soit vachement nombreux, mais ce n'est pas assez, parce que les gens, ils s'en foutent, et pourtant, ça les concerne. Il faut aller les chercher et leur expliquer. 

    Moi c'est Arthur, étudiant, je suis d'accord avec ce que tu dis. Il faut aller au Sanitas, dans les quartiers populaires...

    C'est touchant cette volonté d'aller éduquer les "sauvages" des quartiers pops. C'est sure que dans les villas et les pavillons, chez les commerçants, ça sait tout sur tout, c'est éduqué et politisé ! Bon Aude, ne commence pas.


    (Faut que je vous dise quand même que le Sanitas est une cité en plein centre ville. Des barres de hlm, à 10mn en tram de la vieille ville. C'est un quartier à la réputation sulfureuse. Les jeunes bourgeois n'y vont pas, c'est "dangereux". Sauf pour y faire quelques achats "particuliers". Moi j'y vis. Le Sanitas, c'est la cour des miracles. C'est une banlieue en centre ville dans le collimateur de la mairie qui voudrait le "réhabiliter". La ville est quadrillée, on ne sort pas de son ghetto. Même si les distances sont faibles, il n'y a pas de circulation de population. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés.)

    Salut, c'est Edouard, étudiant, je voulais dire qu'on est allés au Sanitas. On le refera, un autre jour à une autre heure pour que ça marche mieux. Parce que là... bon ... On va réfléchir comment, mais on le refera.

    Le micro continue de tourner, un couple d'une cinquantaine d'années prend la parole. Ils ne sont pas d'ici. Ils sont en vacances. Ils sont du sud, et ils voulaient nous dire qu'il faut arrêter de consommer comme des cons. Acheter des t-shirts à 2€, c'est de la merde. Faut vraiment être des salopards aujourd’hui pour en avoir rien à foutre de ce qu'il se passe à l'autre bout de la chaine. 

    La concomitance des deux me fait réagir. Sans réfléchir, je prends la parole, sans mégaphone et je lance. Par contre, si vous sortez ça au Sanitas, ça sera peut-être pas hyper bien accueillis. La dame me répond, très agressive et la bouche pleine de mépris, que les gens qui consomment chez H&M sont des connards. Et moi de lui répondre du tac au tac : "Ou des pauvres. On me tend le mégaphone, je précise ma pensée.

    Si le raisonnement est juste, oui ! Comme le disait Coluche, "Quand on pense qu'il suffirait que les gens n'achètent pas pour que ça ne se vende plus !", il faut tenir compte du fait que nous ne sommes pas tous dans la même situation. Et si certains découvrent qu'ils ont le pouvoir de ne pas consommer, d'autres voudraient bien découvrir celui de le faire. Eux aussi ont envie de se gaver. Et ce n'est pas en les traitants de connard qu'on les amènera à faire des concessions sur leurs rêves. Au Sanitas, ne l'oublions pas, il y en a beaucoup qui n'ont pas le choix que de s'habiller pour 2 €. Là, le mari me répond ! "Il faut partager, échanger !"

    Je suis d'accord avec vous, monsieur. Vous n'êtes pas d'ici, et vous ne savez donc pas que le Sanitas est une cité dont les habitants vivent des minimas sociaux, où 95% de la population est au chômage. Le partage, les échanges, je crois qu'ils connaissent. Les vêtements connaissent en général toute la fratrie et passent de famille en famille, sont usés jusqu'à la corde. Alors n'allez pas dire qu'ils sont des connards s'ils achètent des t-shirts neufs à 6€, parce que les t-shirts les moins chers à H&M ne sont pas à 2€, mais à 6, et que 6€, c'est déjà beaucoup quand on est une famille avec  500€ de revenus mensuels. Peut-être qu'on peut changer les choses autrement qu'en se traitant les uns les autres de connards, et en allant prêcher la bonne parole avec mépris chez les pauvres. Peut-être que les pauvres ont aussi de quoi nous traiter de connards. 

    Je suis énervée. J'ai le palpitant qui cogne. Le mégaphone change de main, je n'écoute plus ce qu'il se dit, les battements de mon cœur dans mes oreilles couvrent la voix du gentil monsieur a fines lunettes rondes. Je crois qu'il dit qu'il ne faut pas s'égarer dans nos débats et revenir a ce qui nous amène dehors à cette heure tardive, la loi El Khomri. Il est applaudi.

    Je respire, reprends mon calme petit à petit. Ce qu'ils m'ont énervé ces deux-là ! Je comprends ce qu'ils voulaient dire. Évidemment que nous devons changer notre manière de consommer. Mais putain, ce que ça m’énerve quand des gens qui n'ont jamais connu le manque, sont enthousiasmés par les joies de la fringue de seconde main et, pleins de morgue, veulent prêcher la bonne parole auprès du bas peuple, pour qui acheter du neuf est un signe de réussite sociale et une question de fierté. Ils se rendent compte de ce qu'ils disent ou bien ?

    J'écoute de nouveau. Encore, chacun explique pourquoi il est là. Marie le disait à sa collègue de bureau, qui était d'accord avec elle, il y a trop de souffrance au travail. Pierre veut que ça s'arrête par ce que la terre n'est pas épuisable, Paul pense qu'il faut savoir jusqu'où on est prêts à aller pour faire la révolution. Puis, Jacques, sdf à la rue depuis qu'il a 12 ans, parce que ses parents l'ont mis à la rue quand il avait douze ans (applaudissement silencieux et solidaire de l'assemblée) mais enfin voilà, c'est sa vie, Jacques, donc, pense qu'il faut que les gens sortent de la télé parce que la télé c'est de la merde. Mais Jean jean n'est pas d'accord. À la télé, internet, y a quand même des choses qui sont bien et qui font une culture dans laquelle on se reconnait, quoi. Des valeurs et des symboles derrière lesquels on se retrouve. Je tique. Ha ui ? Il y a des choses comme ça à la télé ? Il poursuit : "Oui, il y a des choses qui fédèrent ! Ok, c'est de la culture de masse, de la culture populaire, mais Y a Game of Throne, Walking Dead !" Je me mords les joues. Je ne vais pas encore intervenir, je vais me faire jeter. Mais c'est quoi les valeurs de ces séries ? Il poursuit sur un ton d'excuse. "Oui, ok, y a le sexisme.... bon ..." Personne ne relève, je manque de tomber dans les pommes. 

    Le micro passe à une jeune fille qui explique qu'elle est malade à cause d'un vaccin, qu'aujourd'hui, elle ne peut pas travailler et que l'industrie pharmaceutique, sont tous des salauds. Elle à fait l'effort de venir jusque-là, malgré la maladie, pour témoigner et dire qu'il faut que le monde change. Elle est ovationnée. A côté de moi un groupe de jeunes flottant dans un nuage de chit, la trouve "hyper émouvante quoi, c'est beau c'qu'elle a dit". On passe le micro a un Anonymus masqué. Appuyé sur sa canne, il parle d'une voix atone, plus immatérielle que sur internet.

    Maintenant, c'est un mec d'une cinquantaine d'années qui tient le micro, veste en cuir, jeans ajusté, poivre et sel, barbe de baroudeur, et l'accent espagnol d'ex militant anti-franquiste, il nous explique ses hauts faits d'armes. Pur jus des années 80. Il raconte comme il gagnait bien sa vie, quand il avait une très bonne situation, qu'il roulait en Audi, et comme un jour, il a dit merde, qu'il a investi son argent dans des projets culturels, qu'il a fait des concerts avec des amis musiciens (page de pub, prochain concert tel jour, a telle heure) comme quoi, il suffit de le vouloir. On peut changer le monde. Son discours est interminable. Même lui s'en rend compte. Il s'écoute parler et il se lasse. 

    Une jeune brunette, bonnet de laine enfoncé jusqu’au ras de ses grand yeux noirs prend le micro, pour nous lire un texte qui lui parle beaucoup. C'est le texte d'une pièce de théâtre engagée, théâtre citoyen, parce que la culture n'est pas que divertissement, elle est aussi politique. Un bon texte qu'elle lit bien. Si ce texte nous a plus, on peut aller écouter la pièce jouée par la compagnie truc, à l'espace machin chose, tels jours à telle heure... Ok, je n'avais pas fait gaffe, mais c'est la coupure pub en fait. Ca s'enchaine comme ça sur 3 ou 4 intervenants. Et puis un quadra nous raconte que lui, il est un peu désespéré, parce qu'autour de lui, dans sa campagne, les gens s'en foutent de ce qu'il se passe. Que les gens sont enfermés dans leur quotidien, qu'ils se foutent de tout, ce qu'ils veulent, c'est continuer à rigoler devant Hanouna. Une femme lui répond qu'il ne faut pas juger les gens. 

    Une jeune fille raconte qu'elle est allée sur les péages avec un groupe pour les ouvrir gratuitement au public, et que les gens les recevaient gentiment, et que ce n'était pas que pour la gratuité, parce qu'il y en a qui ont donné l'argent du péage au collectif pour leurs actions futur. Je prends la parole pour dire que la société nous maltraite, que les infos relayées par les médias sont anxiogènes, et que la télé est un anesthésie les souffrances. Un mec me coupe pour me dire "Ouais la drogue tout ça !" Je suppose qu'il plaisante. Je lui répond "Ouais la drogue c'est d'la merde ! dites non à la drogue et j'enchaine. Peut-être que si on veut sortir les gens de devant la télé et les emmener à nous rejoindre, il faut arrêter de les assommer de discours culpabilisants, leur apporter de l'espoir par nos propositions et nos comportements. Leur montrer qu'ils peuvent changer leur vie, qu'ils ont du pouvoir. Là, le mec se lève, et cri haut et fort en me tendant les bras : "câlins !!!" J'avoue que j'ai la nette impression qu'il se fout de ma gueule. Mais qu'importe, j'ouvre moi aussi les bras et je lui dit, t'as raison, Free Hug ! "Unions nous ! 'Y a qu'ensemble qu'on sera plusieurs" ça rigole, mais je garde la sensation que ce n'est pas vraiment avec moi qu'ils rient. Je ne sais pas. Suis-je ridicule ? 

    Ça crée une rupture. On propose une pause des débats, il y a de la soupe et du thé sous le barnum, on se retrouve dans une demie heure.


     Je suis venue seule, je tourne et vire entre les groupes qui papotent. Une femme me regarde avec insistance. Je lui sourie.

    - Vous êtes venue équipée, vous avez fait beaucoup de nuit debout ?

    - Euh, non... C'est ma première. J...

    Je ne finis pas ma phrase, elle a filé. Malgré mon équipement, le froid me tombe dessus et le thé tiède ne me réchauffe pas. Je grelotte, la pause tire en longueur. Je craque et décide de rentrer. Je marche vite pour me réchauffer. Les épaules contre les oreilles, je me rends compte que je suis tellement crispée que j'en ai mal aux dents. Je ralentis, me force à relâcher, et puis soudain je pleure. Je ne sais pas vraiment pourquoi. J'ai comme un gout de lassitude. Alors je m’arrête, m'interroge. Pourquoi ? Qu'est ce que je suis allée faire là bas, qu'est ce que je suis allée chercher ?

    Non, rien, je n'avais pas d'attente, je voulais juste voir ce que ça donnait, qu'est ce qu'il s'y disait, en vrai. Alors pourquoi je pleure ? Pourquoi cette tristesse qui me tombe dessus comme ça ? Qu'est ce qui me rend triste ? Je sais pas. La peur du vide, peut être...

     

     


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  • Je vais essayer de me la peter genre chroniqueuse littéraire, genre...C'est un truc que je n'aime pas trop faire parce que je ne me sens grave pas légitime pour chroniquer qui que ce soit. Mais j'ai dit que je le ferai, et même si la personne à laquelle je l'ai dit s'en tape le coquillard avec une patte d’Alligator femelle, oui, c'est bien le genre à ça, moi, je l'ai dit, donc je me sens engagée. Aller hop, après tout, quand je parle d'un bouquin à des amis, je ne fais pas tant ma chieuse, je tortille pas du cul en disant "Uais, ché pas si je peux t'en parler, j'me sens pas trop légitime, quoi !" En même temps, quand je me la pète critique littéraire, les auteurs ne m'entendent pas, et je peux dézinguer au napalm, y a jamais de morts, je peux me lâcher. Mais là... si ça se trouve... il y en a une qui va tomber dessus, avant de me tomber dessus, me casser les dents, me tondre et m'accrocher au pilori. (je veux dire facebook) et ça me fou les fois, parce que je suis une grosse lâche et que j'ai pas envie qu'elle me punchlinise la prochaine fois que j'ose Osez à La Musardine. C'est pas que je tiens à flinguer le bouquin, mais je tiens a mon intégrité, de connerie et d'écriture. Alors je suis pas très à l'aise, par anticipation, de avant, on ne sait jamais, au cas où, je demande pardon aux auteurs, aux pré et post faceurs etc.

    Contexte : quand j'ai lu la publication de Stéphane Rose sur l'engin (le livre), je me suis dit Waow ! Cool, Osez 20 histoires de correspondances avec son Utérus, c'est chelou et classe comme point de vue, enfin comme parti pris, j'le veux ! (le livre) J'ai fait du gringue à Monsieur Rose pour qu'il me l'envoie en échange d'une chronique, j'ai laissé mon charme agir et crac boum hu, le bouquin est tombé dans ma boite aux lettres. Et dire que je n'ai même pas couché avec lui, (Stéphane Rose) qu'il est "à ce qu'on dit" le meilleur coups sur la place de Paris, et moi, sur la place du village. Et ça, c'est moi qui le dit.

    Et là, surprise "t'as rien compris, banane" (ça c'est moi qui me parle à moi-même), c'est une histoire de correspondance, mais s'agit pas d'Oser, quoique, elles l'ont quand même fait (oser, pas Osez, quoique certaines ont fait les deux). Et les auteurs ne sont pas 20, mais 18 et il n'y a que des femmes, à part les deux hommes. "Lettres à mon Utérus", est un ouvrage dirigé par Marlène Schiappa, paru à La Musardine.

    Résultat, il y a des histoires qui m'ont fait franchement marrer, style  et  humour qui raisonnent bien dans mon cerveau malade. D'autres m'ont juste fait sourire. Il y en a une qui m'a beaucoup touché, j'ai failli verser ma petite larme de crocodile. (j'avoue que j'ai la dent dure et la larme facile). Puis une forte et sensible, une qui m'a fort intéressé, et certaines, j'ai le regret de le dire, ont hâté ma sieste. Dans l'ensemble, je ne sais pas, j'ai comme un gout de fade, de déjà vu. Pourtant, ça n'a jamais été fait. Alors quoi ? Alors, j'avais complètement oublié ce fait, c'est dingue, j'avais grave zappé. Hey ! Moi aussi, j'ai un Utérus ! Ça a l'air de rien comme ça, mais forcément, ça impacte. Si je ne lui ai jamais écris, je lui ai déjà parlé. (Oui, je parle à mes organes, moi, je suis comme ça. Depuis quelques années, ce sont mes épaules qui m'emmerdent et j'entretiens avec elles de longs monologues.) Alors du coup, ça fait comme si j'avais déjà lu le livre.

    Sinon, franchement, je le conseille très fort aux porteurs de testicules à qui, je suis certaine, ça ouvrira des horizons, en tout cas à certains d'entre eux.

    Un petit truc quand même, un détail qui m'a un tantinet irrité, une chose qui plane comme ça genre l'air de rien, genre, c'est notre utérus qui nous mène, comme s'il avait une volonté propre et que nous, pauvres choupettes, hé bien, on suivait comme on pouvait. Que les hommes et les femmes, ça peut pas se comprendre parce que les hommes c'est carré et les femmes, c'est approximatif. voilà, voilà.

    Sinon, bonne lecture, ça vaut le coup, c'est pas tous les jours qu'on assiste à des échanges entre cerveau et utérus.

     et pour conclure je dirais que :

    Mon premier est un vampire nécrophage
    Mon deuxième aime les animaux
    Mon troisième déshonora l'armée française
    Mon quatrième est slave
    Mon tout est un ancien comptoir français en Inde
    réponse: Pondichéry
    explication: Mon premier Pon parce que Pon suce pendu
    Mon deuxième Di car di tire en bique
    Mon troisième Ché car chéchia sur la tête d'un zouave
    Mon quatrième Ry car Rivoli, livonie, niveau d'eau, do c'est ut, ut est russe et
    tout les russes sont slaves


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  • Je suis une passoireJe suis à la terrasse d'un café, sur la place du village. C'est encore un jour sans. Pourtant, je me suis levée tranquille, pas d'arrière gout amer, pas de menace à l'horizon. J'ai fait les courses pour la semaine, fait un tour sur ma banque en ligne. Toujours aussi fauchée, mais pas à la rue. Avec ce soleil, cette température printanière, je me suis dit qu'il fallait que je sorte, que je m’aère. J'ai divagué sur facebook, sur le net, pas eu la force de lire les seuls articles intéressants que j'ai dégoté. Je les aie enregistré pour plus tard, mais je sais que c'est inutile. Je vais les oublier. J'ai regardé quelques vidéos bêtement attendrissantes. J'ai lutté contre ma flemme, mon envie de dormir, mon coup de mou, coup de barre, ma fuite au fond du trou. Je suis allée me chercher bien loin et me suis mise à la porte. Une fois dehors, je me suis félicité avec conviction, comme on encourage une ado récalcitrante faisant un effort dérisoire. J'ai trainé dans les librairies du coin sans rien acheter, en me racontant à moi-même ce que j'aurais voulu dire aux libraires, s'ils m'avaient pris pour ce que je crains. Puis j'ai atterri ici, à boire un café en mangeant des bonbons, ce qui ne va pas du tout ensemble. J'ai lutté toute la semaine contre mon pédalo de pensée . Je refusais  de retourner le tout et le rien et surtout ce qui ne va pas. Je voudrais que mon cerveau s'occupe à des choses du bonheur. Je voudrais  être constructive, Comme je voudrais que le papa noël m'ait apporté tous les beaux joujoux que je vois en rêve et que j'ai commandés. Des heures d'études à mon roman, de belles réflexions à la plaquette de mon stage, ou de studieuses lectures. Non, ce qui tourne en rond  la haut, dans la boite magique, ce sont des "pourquoi je me sens mal ?", des listes de défauts et  d'insuffisances, de frustrations et de peurs. Je détermine ce à quoi je ne ressemble pas, ce à quoi je voudrais ressembler, peut-être, comme si je pouvais dessiner ma vie sur papier une bonne fois pour toute. Je ne me reconnais nulle part et pas moi même. Est-ce important ? Tout le monde est il préoccupé de soi comme je le suis ? Pourquoi ? En quoi est ce censé m'aider ? Et puis que ça ne marche pas, pourquoi m'obstiner ? D'un autre côté j'ai cette question qui me taraude sans cesse,  refuser de se chercher n'est ce pas se fuir, passer à coté de soi sans se voir ? Louper sa vie ?

    Je suis sortie un peu tard, maintenant j'ai froid. Je vais rentrer. J'aurais tout fait vite, après avoir trainé.  J'aurais tout fait vite, pour avoir tout fait, pour me dire que j'ai fait ce qu'il fallait faire. Sur la liste, tout y sera. En aurai-je profité ? Je repars comme je suis venue, avec cette même sensation d'insatisfaction. Je suis vide, rien ne me rempli que la tristesse, la déception et l’écœurement qui s'écoulent et me vident encore un peu plus, comme une purge. Je suis une passoire qui se désagrège.

     

     

     


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  • Non, l’Académie française ne prévoit pas d’enseigner le langage sms dans les écoles pour faciliter le travail des fainéants.Je lis depuis ce matin, une foule de messages et commentaires sur facebook de personnes s’indignant de cette nouvelle réforme absolument scandaleuse.

    Alors dans un esprit d’apaisement, je me suis renseignée et j’ai appris que cette nouvelle réforme n’est pas nouvelle, puisque c’est celle de 1990, qu’elle est déjà appliquée depuis belle lurette, et que le grand changement, c’est juste la mise à jour des derniers manuels scolaires. Ainsi, disgrâce infâme inonde mon âme, à partir de septembre, tous les manuels scolaires proposeront la même orthographe. Dorénavant, un même élève n’apprendra plus deux orthographes différentes, selon les manuels qui lui sont proposés.

     

    Damned, le gouvernement va-t-il assigner à résidence les personnes qui, maitrisant l’ancienne orthographe feraient le choix de continuer à l’utiliser ? Là, j’ai bien peur de décevoir bon nombre d’inquiets. Non, il ne leur arrivera rien. L’académie assure qu’il n’est pas prévu de sanction. Personne ne huera, personne ne criera haro sur le baudet, contrairement à ceux qui ont des difficultés en orthographe, ceux qui refusent le changement ne subiront pas d’humiliation publique.

    Mais… en quoi consiste donc cette réforme qui date de... 25 ans ?

    Et bien, je cite le journal Le Monde :

    « Cette réforme propose une série de modifications telles que :

                - Harmonisations lexicales (« charriot » avec deux « r » pour être similaire à « charrette »), (qui pour la petite histoire différence, est due à une erreur de recopiage, je parle du temps ou les livres s’écrivaient à la main.)

                - Regroupement de noms composés (« weekend » plutôt que « week-end »)             - Suppression de certains particularismes, dont l’accent circonflexe. »

    On se calme et on respire. Non, le circonflexe ne disparaît pas !

    La réforme n’abolit pas l’usage de l’accent circonflexe. En réalité, celui-ci devient facultatif sur les « i » et les « u », mais est maintenu sur les « a » et « o ». Et il reste employé dans les cas suivants :

    Au passé simple : nous suivîmes, nous voulûmes, nous aimâmes ; vous suivîtes, vous voulûtes, vous aimâtes…

    À l’imparfait du subjonctif (troisième personne du singulier) : qu’il suivît, qu’il voulût, qu’il aimât…

    Au plus-que-parfait du subjonctif : qu’il eût suivi, il eût voulu, qu’il eût aimé…

    Et quand il apporte une distinction de sens utile genre dû /du, jeûne/jeune, mûr/mur sûr/sur … dans la mesure où l’enlever créerait une confusion de sens entre deux mots, et bien truc de dingue, les académiciens ne sont pas tout a faits séniles (quoique) on le garde !!!

    Inutile donc de s’affoler, de twitter fébrilement des âneries telles que « Non mais, imaginons : « Je suis sûre ta sœur elle va bien" et "je suis sur ta sœur elle va bien" C'est pas pareil.#JeSuisCirconflexe » je tiens à vous rassurer, la bonne écriture est « Je suis sûre, ta sœur, elle va bien. » Et « Je suis sur ta sœur, elle va bien ». Ce n’est pas pareil. #Jesuisunepauvrecônne

    Alors oui, il y a le « Oignon » qui se transforme en « Ognon » qui pique un peu les yeux, et « Nenuphar qui se transforme en Nénufar » qui est scandaleux. Mais quand on se souvient que ce mot vient du persan نیلوفر, nīlūfar ou de l’arabe نلوفر, nīnūfar ; plus avant, du sanscrit नीलोतपल, nīlotpala (« lotus bleu »), composé de नील, nīla (« bleu-noir ») et उतपल, utpala (« lotus ») et que le Dictionnaire de l’Académie française avait délaissé « nénufar » pour adopter nénuphar dans son édition de 1935, puis est revenue à la graphie initiale en 1990 du fait de l’origine arabo-persane du mot, laissant au graphème « ph » la fonction de transcrire la lettre φ, phi du grec ancien, et bien on fait moins le malin.

    Étrangement, je n’ai vu personne râler sur le fait que selon les nouvelles règles, on peut mettre des tirets partout entre les chiffres écrit en lettres. Par contre, qu’est-ce que j’ai pu entendre de gens râler contre l’incohérence de la règle initiale !

    Allez, je vous mets un petit lien qui va bien, avec les dix nouvelles règles. Détendez-vous, ça va bien se passer : "Miniguide" Et comme je le dis souvent : » au début, ça pique, ensuite, c’est magique ! »

    Je suis tentée, j’avoue, par l’envie de me foutre monumentalement de la gueule de tous ceux qui refusent la réforme de l’orthographe, qui s’offusquent et dénoncent un nivellement par le bas, qui se gargarisent de notre si précieuse langue française. Faites leur faire un concours d’orthographe à ces grands auteurs, ces amoureux des belles lettres, et c’est toute l’Académie française qui se retourne dans sa tombe. Mais je résisterai à la tentation, je serai forte et magnanime. Je résisterai à l’envie de leur jeter au visage, les innombrables fautes de ponctuation, de liaison, qui sont autant d’écorchures de la langue de Molière, qui déjà en son temps, moquait les précieux et les ridicules.

    Chers Défenseurs de la langue française qui employez couramment tant d’anglicismes, soyez favorables à l’évolution de l’orthographe, détachés de la sacrosainte étymologie (qui semble un terrain trop mouvant pour y bâtir des convictions définitives), ouverts à l’innovation, mais ad vitam aeternam rétifs à l’incohérence ! Amen !

     

     


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