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    edvard_munch_04

    Papa est pas content des vacances. Il s'ennuie. Je sens bien qu'il en a marre de passer des vacances avec nous, on lui pèse. Il voudrait les passer avec ses « copains » , ses copines, oui. Il en a plein. Je les aimes pas. Je sais pas comment fait maman pour être aussi copine avec elles. J'leur foutrais des baffes, moi! Un coup de pied au cul, et hop dehors! Toujours à la maison, toujours à se faire peloter par papa, et c'est pas nous qui les gênons.

    Un jour y avait une fête à la maison et a un moment je vais dans ma chambre. J'ouvre la porte et là je vois papa avec une « copine » en train de faire des trucs dans mon lit. Ça m'a steacké! Je suis retournée au salon, maman était dans les vapes. C'est ce jour là que j'ai compris pourquoi elle picolait. En plus papa, il leur file du fric en douce. Une fois, pendant que mon père et une de ses poules fricotaient dans sa chambre j'ai fouillé dans le sac de la nana. Je savais qu'ils étaient passés à la banque. Il lui avait filé 1500 €. Quand je pense qu'il faut piquer des crises pour avoir des jeans ou une paire de godasse, et bien merde! J'l'ai dit à maman, elle a rien dit. Ça me fou la honte. En plus, je suis sûre qu'elles le prennent pour un con. Je trouve ça pitoyable et dégueulasse. Mon père il s'exhibe et ma mère elle fait rien. Elle plonge dans la picole. Ça me fou mal au coeur de la voir se noyer comme ça, les yeux en roulement à billes. Et puis quand elle s'essuie les moustaches de vin , même quand elle en a pas, ça me donne envie de la secouer. Je peux le dire, j'ai honte de ma mère. C'est triste d'avoir honte de sa mère. Je voudrais que papa il envoie balader toutes ces nanas, toutes ces fêtes et qu'il s'occupe de moi, de nous.

    Bon, tout le monde le sait, l'aînée c'est la chouchoute à son papa. La deuxième c'est sa bête noire, elle lui répond tout le temps. La troisième c'est la chouchoute à sa maman, pas le droit d'approcher sinon ça mord. Et la dernière, c'est la dernière quoi. C'est la préférée de tout le monde. Même de moi! Elle vit sa vie, elle plane, elle est dans sa bulle. Ça fait magie un peu et papa l'approche pas trop. Comme si elle était trop fragile ou qu'elle allait lui péter au nez. J'sais pas. Maman, elle lui fait des tonnes de câlins, c'est son bébé, quoi. Y a que moi qui sait comment elle est vraiment « la ptite dernière ». Ben elle est comme tout le monde. Elle dit des super gros mots. La grosse différence d'avec moi, c'est qu'elle en dit jamais devant les adultes et elle fait plein de manière alors ils la prennent pour un ange. Un ange , tu parles! Faux cul, oui! Puis y a moi. Et là,  bof! Maman elle me trouve trop brusque. Quand je lui fais un câlin, elle dit que je lui fais mal et elle m'envoie promener. Et puis papa, il est pas là. Pas pour moi en tout  cas! J'aimerais bien qu'il me parle de lui, qu'il me raconte quand il était petit et aussi avec maman quand ils étaient jeunes. Maman elle dit tout ça, pas lui.

    Bordel, cette année, j'ai des seins. A l'école, les garçons, je les entends parler des mes seins. J'aime bien qu'on me remarque, mais quand même pas pour mes seins. Ça m'énerve.  Les seins ça veut pas dire que je suis plus intelligente ou que je sais faire plus de trucs. Il est pas là, le cerveau! Remarques, des fois y a des garçons, on se demande où il est leur cerveau. Plus bas que nature en tout cas.

    Pour le sport, par exemple, les seins c'est pas pratique. Ca fait mal. Je peux plus courir comme avant. Et puis mes copains, je le vois bien, ils sont plus pareil avec moi. Je fais plus vraiment partie de la bande. Et la bande de filles, n'en parlons pas! « Et t'as vu ma robe, et machin il m'a regardé à la cantine, oh lala, et t'as vu ça! Et nanani, et nanana, » Moi je préfère faire du vélo et aller m'éclater dans les bois.

    Je me rappelle quand l'aînée a eu ses seins, à chaque fois que y avait avait une fête ou un anniversaire elle les montrait. Papa et maman étaient contents. Et papa disait : «-Allez, enlèves ton pull. Quand on a d'aussi beaux nichons, on les montre! » et il prenait des photos.

    Cet après midi on est allés se baigner, l'eau était gelée. Je me suis bien éclatée. J'ai pas arrêté de faire la con. Papa à pris plein de photos, alors je lui ai montré mes seins. Maman faisait la gueule, elle disait rien. C'était peut être pas a cause de ça, remarques. Papa lui, avait l'air de vachement s'amuser.

    Ou là! Maman est remontée contre papa. Elle m'a dit : «- Vivement qu'il retounre bosser, qu'on soit tranquille!» Il doit rentrer une semaine avant nous à cause du boulot.  Papa, lui il est de plus en plus de mauvaise humeur. Il a dit qu'il allait inviter des copains. Et maman lui a rappelé qu'ils étaient tous en vacances et que nous aussi. Sur un ton qui voulait bien dire ce qu'il voulait dire. Genre «-Tu peux pas les lâcher tes copains ? On les voit tout l'année alors en vacances, merde! » Ca lui a pas plu a papa. Il a parlé d'autre chose.

    Et merde! Ce matin quand je me suis réveillée, j'ai été  faire pipi, comme tout le monde. Mais là, j'ai fais pipi tout rouge. J'ai vite compris ce que c'était. On a pas une tripotée de frangine pour ne pas savoir ce que c'est que les ranianias. J'en ai trois plus grande que moi, je sais tout sur les tampons, les serviettes, tout. J'ai même lu les modes d'emplois, c'est dire! Mais là zéro, panique à bord. J'ai pas voulu appeler maman j'étais trop gênée. J'ai appelé ma grande soeur. Elle est venue m'aider et je lui ai fait promettre de ne rien dire. Tu parles! A peine sortie des toilettes qu'elle l'a dit à maman qui s'est empressée de le répéter à papa. Quand je suis arrivée dans la cuisine, j'ai été accueillie par des vannes. Ça m'a foutu en pétard pour toute la journée. Déjà que j'avais vachement mal, alors les regards en coin et compagnie, merci. Et puis voilà! Je me retrouve du jour au lendemain avec des seins et des ranianias, et ça y est, j'suis une femme. J'suis plus pareil. Moi, je veux bien, mais je préfère continuer à faire du vélo et m'éclater dans les bois.


    Ceci est un petit essai de fiction. Toute ressemblance avec des faits  ou des personnes existant ou ayant existé serait  purement fortuite. ; )

     

     


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    fifi

    C'est les vacances! Les parents, comme tous les mois de juillet ont loués une baraque. Comme d'hab c'est dans le trou du cul du monde, en pleine montagne à plusieurs kilomètres du premier village. Moi je m'en fou, mais ma grande soeur ça la fait chier. Dans la maison y a pas de télé, pas de téléphone. Sinon, elle est bien. Sauf que la douche est dans le jardin. Ce matin, je me suis payé la frayeur de ma vie. J'étais toute nue prête a prendre ma douche quand j'ai vu une big maousse araignée . Beurk! Elle était énorme et toute poilue. J'ai appelé ma mère mais elle m'a envoyé promené. C'est pas cool; j'ai horreur des araignées. Il a fallut que je lui fasse prendre une douche brûlante. Elle s'est recroquevillée et elle est passée dans le trou. J'ai passé ma douche a flipper qu'elle remonte.

    Maman a pas arrêté de râler après papa aujourd'hui. C'est vrai, il faut toujours qu'il joue les aventuriers. Il nous emmène dans des coins pas possible. On se croirait en manoeuvre! Mes soeurs en ont bavé, surtout la petite, les pauvres! Ça doit être des vieux souvenirs de scout, parce que y a pas idée d'aller dans des coins pareils. Moi, j'aime bien crapahuter. J'ai peur de rien. Un vrai casse cou, un vrai garçon manqué, dit maman. J'crois que papa aime ça, qu'il est fiers. C'est vrai qu'avec moi il peut faire des trucs de mec. Comme on est que des filles à la maison!

    Maman, elle ce qu'elle aime pendant les vacances, c'est buller. Chacun frappe sa gamelle, comme elle dit, et à l'heure qu'on veut. C'est cool. Papa ça le fait râler. Lui y veut manger à heure fixe. D'abord y peut pas se priver de bouffer, même pendant dix minutes, et puis c'est toujours des plâtrées.. Alors il fait la bouffe. Au repas de midi, il nous demande ce qu'on veut manger le soir, et le soir ce qu'on veut manger le lendemain midi. Une vraie obsession. C'est sur qu'avec lui on crèvera pas de faim. Papa et Maman ont décidés pour « contenter tout le monde », enfin eux, qu'on ferait un jour excursion, un jour coincer la bulle. Du coup, un jour on bouffe, un jour on cavale. Un jour on se bâfre, un jour on digère.

    Ce sont de bonnes vacances. L'autre jour on est allés faire du tir au pistolet dans une carrière abandonnée. Trop cool. Papa à même pris des photos. J'suis trop bonne. J'ai dégommé un vache de p'tit carton, et de super loin, encore.

    J'voudrais que mes parents fassent plus attention à moi. Ok, c'est vrai on est nombreuses. Cinq filles ça doit être du boulot. Moi, j'ai l'impression d'avoir rien de spécial pour leur plaire. L'aînée de mes frangine, par exemple, elle chante super bien, et elle est bonne à l'école. Et bien c'est la préférée de papa. Du coup je travaille la guitare. J'laie eu pour Noël. Tous les jours, je fais mes exercices et je travaille un morceau que mon prof m'a donné. Des fois je rêve que je deviens une super guitariste, connue et tout et que mes parents sont vachement fiers de moi. Maman dit que je suis « velléitaire. » Elle m'a expliqué que c'était quand on commençait plein de trucs et qu'on finissait rien. Elle à peut être raison, mais moi, je vois pas pourquoi je serais obligée de finir un truc qui m'emmerde. Et avant de commencer, on peut pas savoir que ça va être chiant, toc! Mon prof de guitare, il est super sympa, il dit pour me consoler que je suis pas velléitaire, mais que je suis curieuse et que c'est un très joli défaut. Et puis elle m'embête, maman, elle veut absolument qu'on ai une passion, un truc extraordinaire et qu'on devienne heu... je sais pas quoi. Tout ça parce qu'elle, elle avait des dons en tout et de talent en rien et que du coup, elle a fait des gosses. Sympa pour nous! J'ai rien inventé! C'est elle qui le dit! Mais moi, j'ai 13 ans et demi, je sais pas ce que je vais faire plus tard, et je m'en fou.

     

     

    Ceci est un petit essai de fiction. Toute ressemblance avec des faits  ou des personnes existant ou ayant existé serait  purement fortuite. ; )


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    picasso1Je n'étais pas sûre, je n'étais pas certaine, et pourtant... quelque chose quelque part me disait que je devais y aller. Je voulais, je voulais et pourtant quelque part quelque chose me retenait.

    Il y avait où j'aurais voulu ne pas être né, Il y avait des jours où j'aurais voulu mourir, et pourtant quelque chose quelque part me retenait..

    Je me suis assise, ce jour là, les pieds par dessus le parapet. Je n'étais pas désespérée. Je n'étais plus. Je pensais à ma mère, la lointaine. Je pensais à mon père, cet absent. Je pensais à mes frères, si agités et j'étais là, seule, vide, indifférente. Je regardais le vide sous moi, je sentais le vent m'aspirer. Je rêvais de voler vers nulle part.

    En moi, ni haine, ni rancoeur, juste le vide.

    J'ai entendu des pneus crisser. Je me suis retournée et j'ai vu.  J'ai vu la pression sur le corps. J'ai entendu un plop infernal qui hurlait à mes oreilles. j'ai vu la peau céder et j'ai vu le sang jaillir. Une gerbe étincelante au soleil. J'ai vu l'indifférence. J'ai vu la mort dans le coeur des vivants et je suis descendue de mon parapet.

    Je me suis approchée de la flaque rouge. J'ai sentie l'odeur acre et profonde. Elle m'a pénétrée, envahie, assaillie. Je me suis penchée, j'ai touché du doigt ce rouge éclatant. J'ai entendu des pneus crisser. Je me suis retournée et j'ai vu le pare-choc d'une voiture. Je n'ai plus vu que cela. Je n'ai pas bougé. J'ai regardé le pare-choc chromé, la peinture bleue, la crasse de la ville éclatée sur les phares. J'ai entendu crier, c'étais moi, je crois. Je me suis relevée. Le monde était immobile, la terre s'était arrêtée de tourner. La foule de respirer. Les voitures de rouler. Et j'ai entendu un cri. Toute vie à repris dans une fulgurance stridente. Je suis retournée sur le trottoir. Je me suis assise sur le parapet. Les pieds au dessus du bitume. J'ai regardé la vie tourbillonner, et j'ai vue un enfant rire avec son frère. J'ai vu une femme pressée. J'ai vu un homme se promener nonchalamment. Je l'ai vu. Je l'ai regardé droit dans les yeux. Je lui ai souri. Il m'a dit bonjour. Je l'ai laissé passé, regrettant déjà de ne l'avoir pas retenu . Il m'a donné une seconde chance, il s'est retourné. J'ai regardé ses chaussures. Deux baskets noires. J'ai fermé les yeux. J'ai entendue sa voix au dessus de ma tête. Une voix enrayée. Des paroles d'une banalité cuisante. Je l'ai regardé. Je lui ai souri.

    Il m'a invité à boire un café. J'ai accepté. Nous nous sommes retrouvés en face l'un de l'autre, terriblement gênés. Ne sachant quoi dire nous avons écrasés tous les clichés du monde. Nous nous sommes revus, nous nous sommes aimés. Et puis un jour nous nous sommes quittés.

    J'avais souvent imaginé qu'il me faudrait un choc violent pour me sortir de ma léthargie. J'ai souvent pensé que frôler la mort me donnerai l'envie de vivre. Et puis cela est arrivé. J'ai vu la mort, je l'ai sentie, frôlé. Puis rien.

    Je me lève le matin quand le reveil sonne. Je rebondi mollement de la douche au café. Je part au travail parce que j'en ai un. Je rentre. Je sort.  Je vais au cinéma, un peu. Au restaurant quelques fois. Je ris, je pleure. Je vis ?

    Je glisse sur la vie par hasard, par habitude, par force. Je vieillis et je coule vers la mort doucement, comme un liquide visqueux.

    Il ne m'arrivera jamais rien, je suis à l'abri, c'est déjà fait. Je n'ai rien su en faire. Je ne me suiciderai pas, inutile. La dernière fois je me suis laissée distraire par la mort d'un pigeon. Non, je continuerai de couler mollement dans le néant, jusqu'au bout. C'est la seule chose que je ferai de ma vie, implacablement, totalement.

    Ceci est un petit essai de fiction. Toute ressemblance avec des faits  ou des personnes existant ou ayant existé serait  purement fortuite. ;)


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  • toile_blancheEmma est assise sur son canapé. Le marchand de sable est passé depuis longtemps. Elle a décliné son invitation. Tout est silence, enfin, dans la maison. C'est une heure propice à se retrouver. Cependant, son grand amour est au lit et son absence l'appelle à ses cotés. Entre amour et  solitude, elle n'ose choisir. Il fut un temps où ces exclusives soirée avec son amie, sa jalouse lui pesaient. Elle rêvait d' une épaule contre laquelle se lover. Aujourd'hui elle éprouve quelques difficultés à respirer. Elle a besoin de solitude.

    Elle allume une cigarette. Regarde la fumée s'enfuir et rêve un moment de partir avec elle. Comment ose-t-elle imaginer une chose pareille, après avoir tant pleuré sur son sort ? Comment se plaindre aujourd'hui, alors qu'elle est aimée, amoureuse? L'amour crie à ses oreilles, elle voudrait un peu de silence.

    Silence! Je ne m'entends plus penser! Part! Je n'ai plus le temps de rêver! Mais pas trop loin, pas trop longtemps, j'ai besoin de toi à mon retour. Quand j'en aurai fini de ma ballade insensée j'aurai besoin de tes cris, de tes plaintes, de tes joies, j'aurai besoin de toi. S'il vous plaît ? Elle se débat, râle de trop d'exigence! Son amie, son amour, elle ne peut choisir.

    Penchée sur elle même comme sur un cas d'école, elle voudrait s'écharper. Lever les yeux au ciel et découvrir d'autres paysages. Et là, petite fille se pose une grande question. Qu'est ce que la solitude?

    La solitude est un espace vide. Chacun le remplit à sa façon. La solitude est un espace libre que l'on peuple de nos fantômes, de nos fantasmes. Seul face à soi, on s'échappe ou on se décortique. On se morfond ou on jubile. La solitude est un espace mouvant. La solitude est un espace de création absolu. La solitude est ce qu'on en fait, seul maître à bord, seul juge. La solitude est soi, ce qui la rend si impopulaire. Qu'est ce que l'amour ? Elle ne se pose pas la question. Elle le sait. C'est être avec lui.

    Emma se sent libérée. Elle dit au revoir à son amie, pas si jalouse, et va se lover contre une autre épaule. Elle a vogué au creux d'elle même, son amour est toujours son amour. Elle n'a pas eu à choisir, c'est chacun son tour. Tout cela est si simple finalement, cette lutte si dérisoire! Emma sourie, elle est heureuse.  Bonne nuit Emma.

     

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  • v_2001_feminite_muellerUn matin de petite fille, je me suis levée toute engourdie et heureuse de l'être. Je suis descendue de mon lit titubante. Je trouvais ça drôle. J'imaginais que ce devait être comme cela, être ivre. Pendant que je m'appliquais à ne pas marcher droit, j'ai entendis des gémissement dans une pièce, à coté. Je n'y prêtais pas attention. Ma priorité était de descendre les escalier, comme j'avais vue faire, la veille, à la télé Bette Davis. J'en étais à la dernière marche de mes répétitions quand j' entendis une porte claquer. Je sortais en sursaut de ma rêverie et je découvris éberluée une femme inconnue et nue, apparemment en colère. Elle descendit les marches quatre à quatre, me bouscula au passage et disparu dans le couloir. Je décidais de la suivre discrètement. Je m'avançais sur la pointe des pieds. Je fis trois pas et elle réapparue, toujours aussi nue, toujours en colère, passa sans me voir et remonta dans la chambre dont elle claqua la porte. Qui était elle ? Que faisait elle nue chez moi de bon matin ? Ne trouvant pas de réponse à ces brûlantes questions, je décidais qu'un détective de ma class ne pouvais décemment pas réfléchir le ventre vide. Oubliant mon ivresse matinale je courrais à la cuisine. J'y découvrais avec stupeur une foule de personne inconnues. Elles étaient bien trois. Au milieu d'elles mon grand frère attablé et concentré sur ses céréales. Il ne su jamais à quel point sa vue me réconforta. Mon cher Christian, vautré sur la table, la tête dans son bol était un signe tangible de normalité. Je m'assis donc en face de lui, lui pris Son paquet de céréales, pour voire, et je vis ou plutôt j'entendis un grognement sourd. Tout allait donc parfaitement bien dans cette maison. Je pris mon petit déjeuner, avec Mes céréales tout à fait sereine, au milieu d'inconnus qui parlaient de choses que je ne comprenais absolument pas. Je remontais les escaliers pour faire toilette, et c'est dans la salle de bain que je rencontrais pour la troisième fois la femme nue, mais cette fois, elle était habillée.

    - Bonjour, madame... Je peux ?

    - ...

    - Je suis la fille d'Antoine. Isabelle!

    - ...

    - Je peux me laver les dents, je ne vous dérange pas ?

    Elle m'adressa un regard indifférent. Je pris ça pour une autorisation. Je me lavais les dents, me débarbouillais, me coiffais, avec un enthousiasme que je ne me connaissais pas. La dame était belle. Je la reluquais du coin de l'oeil, les siens étaient noirs et profonds. Sa bouche épaisse et dégageait une certaine dureté. Elle m'impressionnait.

    Je risquais :

    - Vous êtes toujours fâchée ?

    - ...

    - Vous êtes plus fâchée ?

    - ...

    - Vous êtes muette ?

    - Écoutes, petit, tu me saoule. T'as fini ta toilette ? Alors casses toi!

    - Je suis pas un garçon, je suis une fille!

    - Dégages, morveux!

    - Ok, M'sieur, Au revoir M'sieur!

    Et je claquais la porte en partant. Ça c'était bien envoyé! « morveux, petit! »  j't'en foutrais moi. Je suis pas petit, je suis pas morveux et puis  je suis une fille. Elle a la berlue ou quoi ? Elle a pas vu mes cheveux ? Je rentrais dans ma chambre furieuse. Moi aussi j'irai me promener nue en colère dans la maison, et on verrait bien que je suis une fille!

    J'enfilais un jean qui traînait par là, un T-shirt, un pull et... j'ai l'air d'un garçon comme ça ? Beuh! Je me risquais dans le couloir. Personne. J'avais pas tellement envie de Re croiser la furie. Bon. Des miroirs, il y en avait deux. Un, dans la salle de bain, et un autre dans la chambre de mes parents. Je marchais en silence vers leur chambre et collais mon oreille à la porte. Accès impossible, j'entendais mon père ronfler. Il fallait donc que j'ose affronter de nouveau La Furie. Oh et puis mince! Je suis chez moi, si elle n'est pas contente, elle a cas aller se maquiller ailleurs. Et si elle me dit quoi que ce soit, je lui enverrai pas dire. Non mais oh! Pleine d'un courage ravageur j'ouvris la porte de la salle de bain. Elle n'était plus là. Je me sentais un peu déçue. Je lui aurais bien claqué le beignet! Je m'observais dans la glace sous toutes les coutures. De face, de profile, de dos, plus difficile, mais de dos quand même grâce aux trois volets le l'immense armoire à glace. J'en étais là de mes réflexions sur la féminité quand je découvris derrière moi, assise sur les toilettes, La Furie en train de m'observer avec un demi sourire.

    - Oh, vous si vous n'êtes pas contente...

    - Excuses moi pour tout à l'heure. J'ai été un peu dur avec toi.

    - Un peu dur ? Vous m'avez traité de garçon!

    - C'est si méchant que ça ?

    - Ben quand même, je suis une fille! Ça se voit pas ?

    - Non, pas trop.

    - ...

    - Regardes toi, elles s'habillent comme ça les filles de ton école ?

    - Non! Elles sont toutes en rose. J'aime pas le rose, ça fait poupée. J'aime pas les poupées.

    - Tu as raison. Mais moi, regarde. Est ce que j'ai l'air d'une fille?

    - Oh oui!

    - Je ne suis pourtant pas habillée en rose.

    - Oui, mais vous vous avez des nénés. Et moi j'ai les cheveux long quand même!

    - Mais il y a des garçons qui ont les cheveux longs. On ne les prends pas nécessairement pour des filles.

    Je pris ce jour là ma première leçon de féminité. J'en sorti perplexe et pas vraiment convaincue. C'est donc ça la féminité? Tout ces chichis? Bof! J'y ai souvent réfléchi depuis et cette version ne me convainc toujours pas. Ne naît on pas femme, ou homme ? Faut il absolument en rajouter pour convaincre de l'évidence ? Nous sommes, qu'avons nous donc de plus à prouver ?

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