• J’étais dans une piscine, un grand bassin à remous, vagues et tourbillons, qui servait à la baignade et aux entrainements de surf. J'étais là avec mes enfants, un ami et sa fille, et quelques-uns de ses amis. Nous nous amusions et cet ami nous vantait les plaisirs du lieu, de la vue. C’était en montagne, il faisait si chaud et la végétation était aride. Nous avions une vue vertigineuse sur une vallée lointaine. Certainement dans le sud, où dans un pays que je n'ai vu qu'en photo.
    Nous profitions pleinement du lieu, la fille de mon ami avait un peu peur, elle s'accrochait à mon dos. Les miennes s'en donnaient à cœur joie. Mon ami attira mon attention sur un avion qui volait vers nous. Pour moi, un avion dans le ciel avait rien d'inquiétant, et nous étions si hauts ! Mais l'avion continua d'approcher et il fut rapidement imaginable qu'il nous percute. Et il s'est passé ce qu'il se passe dans les films.

    Je ne sais pas ce qu'ont fait mes filles, mon ami ou les siens, moi, j'essayais de calculer la distance, la trajectoire et la vitesse de l’engin, pour savoir s'il fallait que nage vers lui, que je recule, que je fuis à gauche ou à droite. Et pendant que je le regardais fixement, je restais figé. C'était un petit avion, un coucou privé, au nez rond et aux ailes recourbées. La fille de mon ami, accroché à mon dos, m'étranglait, ses jambes serrées autour de moi entravaient mes mouvements. Mais il n'était pas question de lui dire de lâcher prise. Elle ne pouvait écouter.


    L'avion toucha l'eau à une cinquantaine de mètres, déclenchant une vague qui le submergea, ressorti juste devant moi, me dépassa en frôlant l'arrière de mon crâne de l'extrémité de son aile, puis disparu dans un hangar derrière nous. Nous étions tous vivants, nous exultâmes. Chacun partageant sa peur et son soulagement.


    Et puis, l'eau se creusa, nous aspira vers le fond du bassin et se soulevant nous repoussa violemment vers le vide. J'entendais les cris, une peur vorace s'empara de moi. Toujours accrochée, la petite, elle, s'était tu. Je tentais de nager à contre-courant, puis me rendant compte que c'était inutile, je tentais de l'utiliser pour aller m'arrimer quelque part. Je luttais de toute ma volonté de vivre et de sauver l'enfant. Nous fûmes propulsées vers un mur, et je crus un instant que cela nous sauverait, mais la douleur du choc m'étourdissant, je crus ensuite qu'il nous serait fatal. Mille fois, mon cœur failli se rompre de peur. Il est, dans ces cas-là, des pensées étranges qui vous viennent à l'esprit. Je me suis dit qu'il ne fallait pas que mon cœur s'arrête, sinon je ne pourrais plus lutter pour vivre.

    Là, une vague tournoyante nous prit en elle avant de nous expulser sur une plate-forme en hauteur. L'eau se retira et tout redevint calme. Hagarde, la petite toujours accrochée à mon cou, assise sur le sol rugueux, je regardais autour de moi. Où étaient mes filles ? Une nouvelle peur mêlée de culpabilité m'envahit. J'avais abandonné mes filles, je n'avais rien fait pour les sauver, où étaient-elles ? Je tentais de me relever, mais mon corps épuisé refusait de réagir. Il fallait déjà décrocher l'enfant. J'entendis au-dessus de moi un bruit effrayant. Je baissais la tête instinctivement et osait à peine lever les yeux pour en identifier la source. C’était un hélicoptère qui nous jetait une échelle. Je n'arrivais pas à me lever, comment voulaient ils que je grimpe avec une enfant de 8 ans sur mon dos ? J'entendais les ordres sans comprendre qui les donnait. Il fallait enfiler les gilets de sauvetage, et monter dans l'hélico par l'échelle avant que la deuxième vague n'arrive.
    - Immédiatement !

    J’équipais l'enfant qui tremblait tellement qu'elle était incapable de s’agripper à autre chose qu'a mon cou. Mais je ne pouvais monter avec elle. Je ne pouvais pas abandonner mes filles. Il était inconcevable pour moi de me mettre à l'abri, alors que je ne savais pas où étaient mes filles. La petite ne pouvant monter seule, je devais faire un choix. L'emmener avec moi au risque de sa vie, ou abandonner mes filles. J'appelais à l'aide pour que quelqu'un descende chercher l'enfant, personne ne vint. Je remarquais sur le côté du gilet de la petite, une sangle avec un mousqueton, que je fixais à l'échelle. Je lui mentis pour qu'elle me lâche, enfilais mon gilet, et fis signe à l’hélico de remonter l'enfant. Elle hurla plus fort que le vacarme de l'appareil. Je lui tournais le dos et fonçais vers la piscine où étaient, peut-être, encore mes enfants.


    À mon grand soulagement, elles étaient sauves, je ne sais pas comment, mais elles avaient atterri un peu plus haut entre des colonnes auxquelles elles s'étaient agrippées. Je leur parlais de l'hélico, le cherchais dans le ciel, mais il avait disparu et avant que je ne trouve une idée pour nous sortir de là, la deuxième lame vint nous engloutir. Elles s’accrochèrent au gilet quand la vague s'empara de nous. Sur le moment, j'étais presque sereine me disant que le gilet nous maintiendrait à la surface, quoiqu'il arrive. Mais je ne savais pas qu'il m’empêcherait de nager. Me maintenant à la verticale, j'étais comme une bouée inerte. Nous fûmes ballottées ainsi pendant un temps interminable, et je n'avais qu'une obsession, vérifier sans cesse que les filles tenaient bien le gilet. Et puis nous fûmes projetées encore dans un endroit sec que je ne reconnaissais pas. Comme si la vague nous avait emportées dans un pays étranger, un pays désert de granit rose. J’étais tellement épuisée, j'avais tellement peur qu'une autre vague nous surprenne, je ne supportais plus la tension de mes muscles, les battements de mon cœur douloureux, je me dis que cela devait cesser, et je me réveillais, éreintée.


    Mon corps n'avait pas son comptant de sommeil, mais je ne voulais pas retourner dans cet enfer. Je luttais contre moi-même, manquant de boire la tasse chaque fois que je fermais les yeux. Enfin, je trouvais la force d'attraper mon téléphone. Sa lumière aveuglante allait me réveiller tout à fait. J’avais un sms d'un homme que je n'arrive pas à ne plus aimer, disant qu'il partait en Italie avec la femme qu'il ne parvient pas tout à fait à aimer.
    Il y a des journées qui commencent mal.

     

     

     


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  • Blotti dans mon lit, embarrassée de ma couette et de mes coussin, au chaud dans ma douce et triste solitude, je flâne fenêtre ouverte sur le monde au delà de Fb. Ma main se pose dans l’échancrure de mon sweat semi ouvert. La bretelle de ma nuisette vient de glisser, ma main la poursuit et s'égare avant de la retrouver.

    La douceur de ma peau sous mes doigts me rappelle que j'ai un corps. Immédiatement je le vois, je le sens, cet homme absent, l'homme rêvé contre qui me frotter. Le mec assez fort pour encaisser mes coups de tête, assez doux pour ne pas se laisser impressionner, assez dur pour y résister, assez grand pour ne pas la ramener. Le mec de mes rêves, ma complétude, l'indépendant attentionné, l'intellectuel détaché au corps âpre et doux.

    Je le hume au creux du cou, le lèche à la pointe de la clavicule, le pénètre en plein cœur. Et qu'il ne me fasse pas faux bond !

    Mon front contre sa poitrine, je force l'entrée. Qu'il m'ouvre les bras, m'entoure, me presse, m'écrase, me coupe le souffle. Qu'il me griffe de sa barbe ! Qu'il m’emprisonne le visage dans ses deux grandes paluches, si puissantes que je n'y peux rien, qu'il me désarme et dépose, léger, sa tendresse, sur mes paupières closes de rage.

    Qu'il mange mes lèvres quand je lui dévore la langue. Qu'il tire sur mes cheveux trop courts à me les rallonger, avant que mes dents se plantent sur son sein. Ma tignasse sera longue quand ma peine se sera tari, mais il n'aura ni cédé, ni pleuré, ni failli.

    Nous nous battrons. Il me jettera à terre, je le giflerai, sans craindre ses larmes. Nous nous rendons coups pour coups, côte à côte contre ma folie, ma désespérance. A force d'amour cinglant et de sagesse, nous en viendront à bout. Chaque matin, il me mènera à mon écheveau, chaque soir pansera mes plaies.

    Si je mérite un tel homme, qui s’attacherait juste parce que c'est moi. Alors j’essaierai de m'aimer, car si un tel homme m'aime, il me faudra le respecter assez pour  me respecter moi.

    En attendant, je vais rêver que je ne rêve pas et tacher d'être cet homme pour moi.

     

    Photo: Olivier Goirand

    Cia: HURyCAN
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    Je vous conseille de cliquer sur les liens. C'est magnifique.


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    Je vous présente la couverture glam du dernier Osez 20 histoires. Il débute par ma nouvelle, "Le temps des aveux", une passion pornographique qui se termine mal, comme touts les histoires d'amour. Je me suis beaucoup amusée à lier excitation sexuelle et faits-divers. Je ne vous en raconterai pas plus, à vous de découvrir, dans toutes les bonnes librairies et à La Musardine.


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  • L'EpreuveJe viens de voir "L’Épreuve" de Erik Poppe, un film norvégien, avec Juliette Binoche et Nikolaj Coster-Waldau (le mégabeaugosse de Game of Throne, Jaime Lannister).

    La première chose qui me vient à propos de ce film, c'est qu'il est intelligent.

    C'est l'histoire de Rebecca une photographe de guerre de renommée internationale.  Elle est blessée pendant une de ses missions. Elle rentre chez elle en Irlande, retrouve sa famille qui n'en peut plus de l’angoisse de sa mort, la crainte du coup de fil qui leur apprendra son décès.  Ce film raconte l'histoire de cette famille qui s'aime, de celui qui part, celui qui reste. Accepter l'autre dans tout ce qu'il est, jusqu'où ? Être fidèle à soi même, à quel prix ?  On comprend chaque personnage, on les aime tous. On ne peut pas prendre parti, ce n'est pas si simple. Il n'y a pas de méchant dans ce film, ce n'est pas un film américain.  

    La deuxième chose qui me vient, c'est que ce film est sensible. Aucun jugement, aucune conclusion facile, personne n'est enfermée dans une boite, ni de genre, ni de rôle.

    La troisième chose, c'est qu'il est absolument esthétique. Les images sont soignées, la photo est magnifique.

    Juliette Binoche y est extraordinaire de simplicité et de force, je veux épouser Nikolaj Coster-Waldau.

    Je vous conseil d'y aller, vraiment ! Emportez un paquet de mouchoir, vous pleurerez surement, c'est vraiment bouleversant. Mais quand on sort de là, on se sent bien, parce que c'est un film vrai qui pose de bonnes questions et se garde bien de dire ce que l'on doit penser.

     


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  • NynphomaniacVous n'en avez rien à foutre parce que vous avez tous vu ce film il y a des lustres, mais pas moi. Je viens juste d'y passer ma soirée. Les deux opus l'un derrière l'autre, en VF, malheureusement, et ça doit jouer un rôle important dans l'effet que ce film a produit sur moi. Je ne parlerai donc pas du jeu des acteurs.

    J'avais entendu des critiques déçues, mais je restais motivée. J'ai la  version courte, mais ce n'est pas une heure trente de plus, sur un film de quatre heures qui pourraient sauver quoi que ce soit, s'il y avait quelque chose à sauver.

    Je me suis donc installée avec appétit et curiosité mais :

    Pendant les films, j'ai souris deux fois, me suis endormie une fois, ai soupiré un nombre incalculable. Pourtant, j'ai regardé jusqu'au bout. Il a quelque chose qui hypnotise. J'ai ressenti la même sensation que devant certains film de série Z. Une sorte de fascination pour le néant.

    Lars Von Trier enfile les clichés comme on enfile les perles, et le film est long... long ... long...

    Il commence très lentement avec des plans redondants, totalement inutiles. Scène d'ouverture, plan interminable dans le noir, avec des "bruits". Puis on nous montre l'origine de ces bruits, un a un, sauf qu'on en a rien à foutre, aucun intérêt pour l'histoire. C'est une scène qui plante le décors, ça dit très clairement : "ATTENTION : vous allez vous faire chier !"

    De la tragédie familiale avec le gentil père et la mère "salope glaciale"(sic), en passant par l’assujettissement absolu des mecs à leur queue et un regard sur l'addiction sexuelle particulièrement anecdotique. Le réalisateur nous assomme en faisant dire à Joe (personnage principal) "hypocrisie est celui qui résume le mieux le genre humain”“nous sommes tous nés pour tuer”, bla bla bla. Les êtres humains, tous des méchants. Avec ça on va aller loin.

    Il nous afflige aussi d'un point de vu très "colonialiste" du bon blanc banania sur les africains avec une scène risible de deux noirs en érection,  se disputant la répartition des trous de Joe plutôt que de la baiser. (sont tellement cons ces noirs)

    On a droit à un "Maitre" SM du même acabit que ce foutu Grey et ses 50 nuances trop jeune, trop beau, trop cool, trop kawaï, le tout assaisonné de leçons d'histoire douteuses, données par un vieil asexuel, qui se prend pour un psy. Et cerise sur le gâteau, une scène finale des plus pitoyable, à la fois clichée et incohérente. Voilà pour l’écriture scénario et personnages.

    Le montage est ennuyeux, l'image, les décors, les comédiens sont moches, bref un film de misanthrope immature.

    Ouep, le film m'a déçu. Mais je ne suis pas étonnée, Lars Von Trier m'emmerde en général.


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