• Tout n'est que fiction n°5

     

    Je commence une nouvelle carrière, pour la 163 ème fois. Je ne sais pas si le mot carrière est le bon, ça sonne un peu prétentieux. Peut être orientation professionnelle irait mieux. Après des débuts encourageants, je rencontre mes premières difficultés. Je n’ai plus d’employeur, il faut que je cherche du boulot. Ce truc, de chercher du boulot, c’est ce qu’il y a de plus difficile pour moi. J’ai envoyé des cv partout où je pouvais, tous les noms qu’on a bien voulu me donner. Les réponses sont polies, aimables, mais négatives. Je ne sais pas si mes courriers sont maladroits ou si il n’y a vraiment pas d’opportunité. Cette question que je ne peux m’empêcher de me poser me mine le moral. Je sais que c’est idiot. L’important c’est de croire en moi. Mais j’ai toujours ce maudit diable qui, quand je prend un tant soit peut d’assurance, me rappelle, comme une fausse bonne amie, que je suis pleine d’illusion et que je suis une ridicule dans le monde, que je ferais bien de cesser ces enfantillages, de rentrer chez moi, et de ne plus en sortir. Et là mon petit cœur me fait bien mal mais pas encore assez.  Cela ressemble beaucoup à du masochisme, c’en est peut être, oui, surement si je relis la définition dans le dictionnaire. Mais ça n’est pas seulement ça. A moins que ce ne soit que ça et je me prends trop au sérieux. Mais là encore, si je m’écoute, je dois dire que le masochisme à encore avoir avec ça…

    Voilà ce à quoi, Julie passait ses après midi depuis près d’une semaine. Remâcher sans cesse et en vain des pensées aussi égarées que négatives. D’un point de vu extérieur, sa vie n’était pas aussi ridicule qu’elle se plaisait à croire. Mariée, amoureuse, aimée de retour, cela semble banal, mais qui peut s’en vanter sérieusement ? Mère de trois enfants en pleine santé mentale et physique, chiants comme des enfants, adorables et aimants, pas de crise de nerfs, pas de difficultés scolaires, pas de drogue ni de sex, pas de rock’n’roll non plus. Une famille heureuse et relativement équilibrée.  Côté boulot ? C’est là que le bas blesse, effectivement. Mais qui saurait dire si ses difficultés à se poser venaient plus de ses croyance que de ses compétences ? Et si sa nouvelle « orientation » n’avait pas encore fait exploser toutes les statistiques de carrières fulgurantes, il est important de préciser qu’elle était dans le secteur depuis moins d’un an. Pour l’heure rien n’était joué quoiqu’elle en dise.

    Perdue dans ses pensées malades, elle ne vit pas l’échèle sous laquelle elle passa, encore moins le marteau qui tomba des mains du quidam bricoleur et maladroit qui reclouait les lattes des ses volets pour lui tomber dessus. De ce choc violent elle n’eut qu’une vision d’étoile explosant, puis plus rien, jamais. Elle n’eut pas le temps de se dire qu’elle aurait mieux fait de profiter de la vie plutôt que de s’en plaindre. Elle n’eut pas le temps de penser à tout ce qu’elle n’avait pas fait, à tout ce qu’elle aurait du faire. Elle n’eut pas le loisir de se morfondre ni de se flageller. Elle mourut, un point c’est tout.

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 9 Février 2011 à 21:37
    luce
    Oh, ben pour une chute c'est une chute ! Mortelle ! moralité: les questions existentielles s'arrête avec l'existence
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