• Voici venu l'hivers,

    Le temps des glissades intempestives et des trottoirs qui vous mangent les fesses.


    Voici venu l'hivers,Ce matin, je suis sortie toute entalonnée. Une fois le pied dehors j'ai réalisé, mais trop tard, que les trottoirs étaient blancs de givre et les caniveaux recouverts de glace. Et merde ! Alors, vite fait... Calcul du centre de gravité, centrage, verrouillage abdominaux-fessiers. Doucement, j'avance un pied, calcul rapide du taux d'adhérence, repérage des différences de couleurs au sol, évaluation des coïncidences. Hop, second pied, vérification des données. Je me lance dans une suite de pas, d'abord avec prudence, calmement avec recherche de cadence, puis, une fois le rythme trouvé, j'accélère prudemment, jusqu'à ce que j'ai la vague sensation d'être plutôt moins ridicule que mes congénères à talon plats. Je tenterai l'aisance demain avec mes semelles de crêpe. 

    Ah ! Dire qu'il y a quelques années, je sautais, que dis-je, je virevoltais de joie à l'apparition de ces plaques de verglas sur la chaussée. Je les cherchais, m'élançais à leur conquête. J'étais extrêmement frustrée quand elles s'avéraient fragiles ou trop minces. J'adorais, telle une sucrerie tant attendue, le temps des caniveaux gelés, pour le seul plaisir d'en briser la surface d'un ferme coup de talon. Quel plaisir, cette sensation sous le pied, ce petit brrrk! au même moment ! Ah quel bonheur perdu ! Aujourd'hui, même accoutrée à la mode inuit, je n'éprouve plus aucun de ces plaisirs. L'allégresse s'est transformée en une crainte aiguë de la chute, du bris de cols de fémurs, et de la honte cuisante de me rétamer en public, d'avoir tant mal que je ne puisse pas même en rire, pas même pour sauver la face. Et ces visages compatissants qui se retiennent de rire, qui en pleurent en silence et que leurs larmes se figent dans le froid comme une accusation de ridicule, par compassion, ou par crainte de passer pour un ingrat . Je les abhorre !  

    Dans quelques temps, il y aura les flocons de neiges et je serai contrainte, parce que je suis une mère exemplaire, de faire semblant d'aimer cela. J'enfilerai ma combinaison de ski que mon mari m'a fort inutilement acheté il y a plusieurs années, j'enfilerai mes gants de ski, mes godillots, je subirai une bataille de boule de neige, je ferai semblant de faire semblant de me laisser attraper pour m'éviter la douloureuse constatation que je vieillis et que courir est un vieux souvenir. J'initierai avec un enthousiasme de jeune fille l'élaboration d'un bonhomme de neige et je compenserai la forme par de la technique qui, encore l'année dernière faisait chier mes filles mais les remplissaient de fierté, quand pendant toute la saison des neiges et encore un peu plus elles ont pu se vanter de l'avoir fait !  "Il est énorme !  -Ouais... je sais...  mdr !"

    Ahh ! Les plaisirs de l'hivers ! 

    Et que dirai-je en été quand il faudra se dénuder sur les plages et hésiter tout le printemps entre le une pièce mémère et le 2 pièces indécent, mais jeune. Et que finalement, j'opterai pour le dernier article à ma taille pendant les soldes des supermarchés, parce que j'ai mis trop de temps à me décider et que quitte à acheter une merde autant qu'elle ne soit pas cher.

    Ahh ! les plaisirs de l'âge ! Il est temps que je me cultive ! J'aurai l'air moins con un livre à la main.

     

     

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